À Camopi, un nouveau meurtre sur fond d'alcool
Il y a deux semaines, une mère de famille d'une trentaine d'années a été tuée à Camopi. Le meurtrier présumé, un jeune homme de 22 ans de la commune, a avoué et dort en prison depuis le 27 septembre. C'est le troisième homicide de l'année dans ce village isolé de l'Oyapock, où le maire, Laurent Yawalou, pointe l'alcool acheté sur la rive brésilienne et appelle les habitants à ne pas céder à la vengeance.
Par Florian Royer · 07/10/2026

Le 23 septembre, la victime est tuée dans un écart de la commune, après avoir subi des violences. Deux jours plus tard, son corps est retrouvé ; une autopsie est pratiquée.
Le suspect, un jeune homme de 22 ans connu dans le bourg, est rapidement interpellé. Il reconnaît les faits. À la demande du parquet de Guyane, il est mis en examen pour meurtre en état d'ivresse manifeste, puis incarcéré. « Il est détenu provisoire depuis le 27 septembre », a précisé la procureure de la République, Aline Clérot.
Selon le parquet, aucun élément ne permet à ce stade d'évoquer un viol. Une association d'aide aux victimes a été saisie pour accompagner les proches de la défunte.
Le troisième homicide de l'année à Camopi
Ce meurtre survient dans une commune déjà marquée par plusieurs faits de violence depuis janvier, impliquant armes à feu et armes blanches. Deux autres homicides, tous deux conjugaux, ont endeuillé Camopi cette année : une femme aurait été abattue par son mari, qui a ensuite retourné l'arme contre lui et a survécu ; une habitante est soupçonnée d'avoir tué son conjoint avec une arme blanche. Dans ces deux dossiers, les mis en cause sont en détention provisoire et le parquet a sollicité l'ouverture d'informations judiciaires.
« Personne n'a pensé que l'enfant pouvait faire ça »
Le dernier drame résonne d'autant plus fort dans le bourg car tout le monde se connaît. Le meurtrier présumé comme sa victime étaient connus de la population, explique le maire, Laurent Yawalou. Selon l'élu, le jeune homme aurait reconnu avoir consommé du cannabis avant les faits :
« Les gens sont tristes, la famille, et même la famille du meurtrier, parce que personne n'a pensé, dans un foyer familial, que l'enfant pouvait faire ça. Il a avoué qu'ils avaient acheté de l'herbe, du cannabis, pour une valeur de 30 euros, et qu'ils l'ont consommée à deux. Je pense que, dans sa tête, il avait déjà prémédité quelque chose pour en arriver là. »
L'alcool, un fléau qui s'amplifie car moins cher sur la rive brésilienne
Selon le maire, l'alcool et les produits stupéfiants sont de plus en plus consommé. Mais tenter de réguler leur consommation à Camopi serait sans effet, déplore-t-il, tant il est facile de s'en procurer sur l'autre rive de l'Oyapock :
« Même pour prendre un arrêté municipal sur la consommation sur la voie publique, je ne peux pas. Pourquoi ? Parce que Camopi est une ville transfrontalière. Ce n'est pas du côté français que les habitants s'alcoolisent, c'est du côté brésilien. Pour moi, ça ne vaut pas le coup de prendre une telle mesure, parce que ça n'a pas servi à grand-chose. »
L'élu évoque un projet de contrat local de santé avec l'Agence régionale de santé, qui comprendrait un volet de prévention de l'alcoolisme et des violences.

« Ça ne sert à rien de se venger »
Dans une commune isolée comme Camopi, un tel drame exacerbe les tensions. Le maire appelle à laisser la justice suivre son cours. Il redoute un engrenage :
« C'est sûr qu'il y a des tensions. On parle de vengeance, mais ça ne va pas aboutir. Je leur dis : nous sommes dans le droit commun, on laisse la gendarmerie et les procureurs faire leur travail. Ça ne sert à rien d’alimenter des tensions, parce que ça va créer encore plus de problèmes, qui deviendront incontrôlables par la suite. »
L’élu appelle la population donc au calme et espère retrouver la sérénité au sein du village.





