Antilles : un week-end de tensions en Guadeloupe et en Martinique
La colère contre la vie chère a de nouveau embrasé les Antilles ce week-end. En Guadeloupe, la mobilisation lancée mercredi par le collectif Nou Las Palé a dégénéré en violences urbaines : policiers blessés par balles, commerces pillés et couvre-feu pour les mineurs à Pointe-à-Pitre et aux Abymes. En Martinique, des barrages enflammés ont surgi dans la nuit de dimanche à lundi, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation à l'appel du RPPRAC.
Par Radio Télé Péyi et RCI · 19/10/2026

Guadeloupe : des violences urbaines et un couvre-feu pour les mineurs
Le mouvement n'a pas faibli avec le week-end. Lancée mercredi 14 octobre par le collectif Nou Las Palé, qui réunit près de 25 représentants des mondes économique, agricole, syndical et associatif, la mobilisation contre la vie chère est entrée samedi dans son quatrième jour. Le collectif réclame une baisse des prix des carburants, l'accès à l'eau potable et la préservation des emplois.
Samedi matin, des barrages de pneus et d'arbres coupés, parfois enflammés, étaient encore signalés à Deshaies, Gourbeyre, Basse-Terre et Sainte-Anne. Les agents de Routes de Guadeloupe et les pompiers se sont activés pour dégager les axes. Vendredi déjà, des heurts à Basse-Terre ont fait six blessés parmi les policiers, indique RCI.

La nuit de samedi à dimanche a marqué un tournant. De nombreuses barricades enflammées ont été dressées, et plusieurs commerces et entreprises ont été vandalisés, voire détruits, selon la préfecture. Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de projectiles et des tirs d'armes à feu : trois policiers ont été blessés par balles.
Le préfet Thierry Devimeux a réagi en instaurant dimanche un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés à Pointe-à-Pitre et aux Abymes, de 20 heures à 6 heures. Il dit avoir constaté la présence de « nombreux mineurs au sein des groupes d'émeutiers » et explique vouloir « avant tout protéger les mineurs qui pourraient se trouver sur les lieux de violences ». Il condamne « avec la plus grande fermeté ces actes de violence inacceptables », qui « ne sauraient être confondus avec l'expression pacifique de revendications ». Le représentant de l'État, qui avait déjà refusé de recevoir le collectif, a rompu le dialogue.
Les milieux économiques s'inquiètent. Dès mercredi, le président de la CCI des îles de Guadeloupe, Patrick Vial-Collet, avait « fermement condamné » les blocages de Jarry, poumon économique de l'archipel. La Fédération française du bâtiment a, elle aussi, pris ses distances avec le mouvement. Le collectif, de son côté, dénonce la « répression » et appelle à poursuivre la mobilisation sur tout le territoire.
Martinique : des barrages enflammés à la veille d'une nouvelle mobilisation
En Martinique, la tension est montée cette nuit de dimanche à lundi. Alors que le RPPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens) appelle à reprendre la mobilisation contre la vie chère ce lundi 19 octobre, des automobilistes ont signalé dimanche soir des barricades de détritus et de poubelles enflammées sur plusieurs ronds-points de la RN5.

À Rivière-Salée, il était impossible d'entrer ou de sortir du bourg par le rond-point Lafayette, où des poubelles ont été incendiées. Les gendarmes sont intervenus dans la soirée pour lever le barrage. D'autres obstacles ont été signalés à Sainte-Luce, au rond-point desservant le lotissement Les Frangipaniers, ainsi qu'au Marin. Au fil de la nuit, des barrages, parfois enflammés, ont aussi été érigés à Ducos, au Lamentin, notamment à Pelletier, et à Fort-de-France, mobilisant pompiers et forces de l'ordre.
Ces incidents font suite à plusieurs semaines de tensions autour du mouvement lycéen. Le 13 octobre, des barrages en feu avaient déjà été dressés aux abords de la cité scolaire de Bellevue, à Fort-de-France, où des tirs de mortiers ont visé les policiers. Trois personnes avaient été interpellées.
La circulation pourrait rester difficile ce lundi dans plusieurs secteurs de l'île.





