Atèles, jaguars, toucans… souriez, vous êtes filmés !
Observer sans déranger. Le Muséum national d'Histoire naturelle développe en Guyane avec GUYACAM, un réseau de pièges photographiques installés du sol jusqu'à la canopée pour suivre la faune terrestre, arboricole et volante de la forêt amazonienne. Le programme bénéficie d'un mécénat de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, a annoncé cette dernière ce mercredi 21 octobre.
Par La rédaction PÉYI · 23/10/2026

Du sol à la canopée : des appareils perchés jusqu'à 45 mètres
Le principe est simple : des pièges photographiques automatiques, déclenchés par le passage des animaux, sont installés à plusieurs niveaux de la forêt. Au sol, mais aussi dans les arbres et jusque dans la canopée, entre 25 et 45 mètres de hauteur. Pour les fixer, les chercheurs n'hésitent pas à grimper jusqu'à 50 mètres.
Les appareils sont placés à proximité d'arbres fruitiers, comme le yayamadou ou muscadier (Virola), qui attirent une grande diversité d'animaux. L'objectif : élargir l'observation à des espèces difficiles à voir, comme l'atèle, ce singe-araignée emblématique de la Guyane, tout en laissant la faune évoluer sans perturbation.
Les images sont collectées dans plusieurs sites forestiers de l'est guyanais, notamment le long de la route de l'Est entre Régina et Saint-Georges-de-l'Oyapock, et à la Montagne Tortue, sur la route de Bélizon.
La technique n'est pas nouvelle en Guyane. Les pièges photographiques sont déjà utilisés par le Parc amazonien de Guyane, le CNES au Centre spatial guyanais (voir photo en Une), le CNRS et d'autres instituts de recherche, ainsi que par des photographes et reporters animaliers. La particularité de GUYACAM tient à son dispositif étagé, du sol jusqu'à la canopée, et à son ambition de suivre l'évolution de la faune dans la durée.

Mesurer l'impact des activités humaines
GUYACAM ne cherche pas seulement à photographier la biodiversité, mais à suivre son évolution dans le temps. Les images doivent constituer une base de données scientifique permettant aux équipes du Muséum d'analyser les transformations des écosystèmes guyanais et de mieux évaluer les effets des activités humaines, comme l'exploitation forestière ou la chasse, sur la faune.
Le programme est porté par l'équipe du professeur Pierre-Michel Forget, spécialiste de l'écologie tropicale, qui étudie la forêt guyanaise depuis plus de quarante ans. Il s'appuie sur des suivis menés au sol depuis 2013, puis en canopée, et doit aussi permettre d'affiner un protocole de surveillance des vertébrés frugivores, mammifères et oiseaux qui se nourrissent de fruits.
Une thèse est consacrée à l'analyse de ces images, et le grand public peut participer à l'identification des animaux photographiés grâce à un projet de sciences participatives.
Outre la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, le programme est soutenu par l'Office français de la biodiversité, l'Observatoire hommes-milieux Oyapock et le LabEx CEBA.
Un mécénat pour la forêt guyanaise
Avec près de huit millions d'hectares de forêt tropicale, parmi les mieux préservés au monde, la Guyane est un territoire majeur pour les recherches du Muséum. C'est dans ce cadre que la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale a choisi d'accompagner GUYACAM, dans le cadre de ce qu'elle présente comme un mécénat majeur. Le montant de ce soutien n'a pas été communiqué.
Le programme a déjà donné lieu à une exposition présentant une sélection de photos prises au sol et en canopée, accompagnées de planches de l'illustrateur naturaliste Julien Norwood.





