COP 17 Biodiversité : « la protection fonctionne quand on s'en donne les moyens »
À l'occasion de la COP 17 sur la biodiversité, qui se tient en Arménie, le WWF a publié son rapport "Planète Vivante", l'état des lieux de la faune sauvage dans le monde. En un peu plus de cinquante ans, les populations d'animaux sauvages suivies ont chuté en moyenne de 73 %. L'Amérique latine et les Caraïbes sont la région la plus touchée, avec un effondrement de 95 %. Mais l'ONG insiste cette fois sur l'espoir : la moitié des populations suivies sont stables ou repartent à la hausse, là où des actions de protection ont été menées dans la durée.
Par La rédaction PÉYI · 19/10/2026

Des milliards pour détruire, des miettes pour protéger
Le rapport pointe le rôle de l'argent dans la destruction de la nature. En 2023, environ 7 300 milliards de dollars ont financé des activités nuisibles à la nature, contre 220 milliards consacrés à sa protection.
Un décalage que le WWF a pu mesurer de près l'an dernier, lors de la COP 30 au Brésil. Laurent Kelle, responsable du bureau Guyane du WWF France, y a rencontré des représentants d'une grande banque française venus comprendre les conséquences de leurs investissements. Derrière de grandes agences brésiliennes ayant pignon sur rue se cachaient d’autres acteurs :
« Ils se rendaient compte qu'ils connaissaient leurs interlocuteurs directs. Mais indirectement, ils financent la déforestation au Brésil par le biais d'intermédiaires beaucoup moins propres dans leurs pratiques, et beaucoup moins transparents. Des banques européennes peuvent, de bonne foi, financer des projets d'infrastructures qui vont amener à l'installation de barrages sur des affluents très importants en Amazonie, ou de nouvelles activités agricoles et d'élevage dans des zones théoriquement dédiées aux communautés autochtones. »

Au-delà des discours, des actes qui se font attendre
Les États se retrouveront la semaine prochaine à Erevan pour faire le bilan de leurs engagements à l'horizon 2030. Mais pour le WWF, les grands sommets ne suffisent pas. « Les COP, ce sont juste des rendez-vous réguliers qui n'ont jamais trop changé les trajectoires, et le dernier rapport le rappelle, si besoin était », estime Laurent Kelle. « On a besoin, au-delà des discours, que ça rentre dans les faits. »
En Guyane, certains dossiers tardent à avancer. Sur le Maroni, le WWF attend toujours la suite des annonces faites il y a un an par la ministre de la Transition écologique, qui avait envisagé, après la COP 30, de durcir le ton vis-à-vis du Suriname. « Un an après, concrètement, on n'a pas l'impression que ça ait beaucoup avancé. »
Le responsable salue toutefois des dynamiques positives, portées par certains socioprofessionnels comme le comité régional des pêches, ou par des communes engagées avec l'Office français de la biodiversité dans des atlas de la biodiversité communale :
« En Guyane, tout n'est pas perdu, loin de là. Mais c'est à nous tous, collectivement, et pas uniquement aux ONG, de trouver les bons modèles de développement compatibles avec cette incroyable biodiversité. »
Agir avant qu'il ne soit trop tard
Au cœur du rapport, une notion : celle des points de bascule. Autrement dit, agir avant qu'il ne soit trop tard, et tenir dans la durée pour voir une espèce se rétablir. Laurent Kelle l'illustre avec deux poissons bien connus :
« La morue, très consommée en Guyane, a vu ses populations s'effondrer en Atlantique Nord dans la seconde moitié du XXe siècle, du fait de la surpêche. Malgré la limitation de la pêche, la population était devenue tellement faible qu'elle n'a pas réussi à se reconstituer. »
À l'inverse, après un moratoire de quelques années, le thon rouge se porte beaucoup mieux sur la quasi-totalité de son aire de répartition, au point que les pêcheries ont pu reprendre :
« Le point de bascule, c'est ne pas attendre qu'il soit trop tard pour agir. Et quand on agit suffisamment longtemps, en se donnant de vrais moyens, on peut restaurer des populations », résume-t-il.
Les tortues marines de Guyane racontent la même histoire. Dans l'Ouest, l'association Kwata a dû mettre en place une écloserie pour tenter de soutenir une population relique de tortues luths. Sur les plages de Cayenne, en revanche, la tortue olivâtre a atteint « un effectif très rassurant », avec un comportement de ponte qui témoigne de populations relativement solides.
Le WWF relancera dès la semaine prochaine des survols aériens au large de la Guyane pour recenser les bateaux de pêche illégale.





