Cinéma

Fifac 2026 : « Nous avons privilégié l'humain », pour ce palmarès selon la présidente du jury

La 8e édition du Festival international du film documentaire Amazonie-Caraïbes s'est achevée samedi soir au Camp de la Transportation, à Saint-Laurent-du-Maroni, après cinq jours de projections. Sur les 32 documentaires sélectionnés, venus du Canada à Haïti, de l'Oyapock au Maroni, le jury présidé par l'écrivaine guadeloupéenne Gisèle Pineau a sacré Uyariy du Péruvien Javier Corcuera. Le Haïtien Feguenson Hermogène repart, lui, avec deux récompenses.

Par Franck Mathurin · 11/10/2026

© Radio Télé Péyi
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Uyariy, Grand Prix Fifac-France Télévisions

Le Grand Prix, qui récompense le meilleur long-métrage documentaire, revient à Uyariy (« écouter » en quechua) de Javier Corcuera. Le film revient sur les troubles sociaux qui ont secoué le Pérou en 2023, et notamment sur le massacre du 9 janvier à Juliaca, dans la région de Puno, à travers la musique d'artistes des Andes.

Le combat de ce peuple pour la liberté et l'égalité a sans doute fait la différence. « Les gens ont été massacrés, des gens qui essayent de conserver leur terre, de vivre décemment. Qu'est-ce qu'ils réclament ? De l'eau, de la lumière. Ils veulent simplement vivre sur leur terre », explique Gisèle Pineau.

La présidente du jury a été marquée par le témoignage d'une femme évoquant une institutrice « qui voulait simplement que le peuple puisse apprendre à lire », et par « cette culture qui est préservée, même dans les combats ». « Nous sommes des humains, nous, les membres du jury, et avant tout nous avons privilégié l'humain traqué, l'humain assassiné. »

Doublé pour Feguenson Hermogène

Le réalisateur haïtien remporte le Prix du court-métrage pour Nan Ginen, tourné entre Cuba et Haïti. Le film suit une famille cubaine d'origine haïtienne qui rend hommage à Erzulie, figure du vaudou, sur fond de vestiges de l'industrie sucrière et de mémoire des travailleurs migrants haïtiens. Il reçoit aussi le Prix des lycéens pour Résurgence, un documentaire intime sur les violences conjugales commises par son père sur sa mère, dont il a été témoin enfant. Ce film obtient en outre une mention spéciale du jury du Grand Prix.

Une consécration inattendue pour ce cinéaste encore jeune dans le métier. « Je ne m'y attendais pas du tout, c'est pour ça que je n'avais rien préparé. Moi, je buvais mon cocktail là-bas ! », sourit-il. « Ça ne fait pas très longtemps que je fais du cinéma, donc recevoir un prix, ça veut dire beaucoup. C'est immense. C'est beaucoup d'émotion, une forme de reconnaissance. »

Un jury lycéen très investi

Les lycéens ont pris leur rôle très au sérieux. « On a débattu, on a fait des élections, et à la fin on a dû convaincre les autres de choisir celui qu'on voulait, en montrant pourquoi on l'avait choisi », raconte Kymani Louisor, élève de seconde au lycée IV de Saint-Laurent-du-Maroni.

Résurgence l'a touché personnellement. « Il parle de sujets que je connais. J'ai vécu avec une mère qui m'éduquait seule. Le film montre les choses sans trop choquer, alors que, la plupart du temps, quand on parle de violences conjugales, ça peut être très choquant. » Une expérience qu'il compte valoriser, sur Parcoursup comme dans sa vie : « J'ai appris à regarder un film autrement. On ne peut pas regarder un film comme d'habitude. Ça a été une expérience super enrichissante. »

L'orpaillage et la danse également récompensés

Le Prix Demain France Télévisions, consacré aux enjeux environnementaux, revient à Quand l'or devient poison de Franck Chassagnon. Ce documentaire de 52 minutes plonge en pays wayana, sur les rives du Maroni, et montre les ravages de l'orpaillage illégal : contamination des eaux au mercure, destruction de l'environnement. Il suit le combat de Michel Aloïké, chef coutumier du village de Taluen.

Le Prix du public récompense Jeunes sans limites, de la Guyane à l'Opéra de Paris de José Ramirez Romero et Jules Bonnel. Le film suit le danseur et chorégraphe saint-laurentais Samuel Fania et sa compagnie, invitée à créer un spectacle avec l'Académie de l'Opéra national de Paris. Déjà l'an dernier, le public avait primé un documentaire consacré à cette compagnie.

Enfin, le jury du Grand Prix a décerné une mention spéciale à Double citoyen de Rachelle Salnave, en plus de celle attribuée à Résurgence. Le jury du Prix Demain a distingué El Río de los Espíritus du Colectivo Tawna et de Nase Lino Sumpinanch.

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