Grève à la SGDE : l'UTG bloque les sites de la société des eaux
La grève est désormais effective à la Société guyanaise des eaux (SGDE). Faute d'accord avec la direction à l'issue du préavis, les grévistes de l'UTG ont bloqué avec des camions les accès aux sites de Montabo et de Baduel, à Cayenne. Le mouvement touche, selon le syndicat, l'ensemble du territoire, de Saint-Laurent-du-Maroni à Cayenne. Sous-effectifs, conditions de travail et « ingérence » du groupe Suez sont au cœur des revendications.
Par La rédaction PÉYI · 19/10/2026

Des négociations au point mort
Pour Alain Balum, délégué syndical UTG à la SGDE, la direction n'a pas joué le jeu pendant les cinq jours du préavis. « Ils nous ont convoqués seulement deux jours sur les cinq, et pendant ces deux jours, ils nous ont dit non sur tous les points de revendication », dénonce-t-il. Dès le dépôt du préavis, le directeur aurait prévenu que les jours de grève ne seraient « ni payés, ni négociés ». « Ça nous a montré clairement qu'ils ne voulaient pas trouver un terrain d'entente. »
Au cœur du blocage, selon les grévistes : l'absence de marge de manœuvre de la direction en Guyane. « Sur chaque point, il a été dit qu'il fallait l'autorisation du groupe Suez pour prendre des décisions », explique Alain Balum. Yannick Benth, secrétaire général UTG de la SGDE, résume :
« On négocie avec un directeur qui ne prend pas de décision, qui doit faire le lien entre Suez et nous. Nous voulons quelqu'un qui puisse décider. »
Le syndicat conteste aussi la version de la direction, qui affirmait sur Guyane la 1ère être ouverte au dialogue et accusait l'UTG de bloquer les discussions. « Ils ne nous ont jamais réinvités à la table », assure Yannick Benth. Au moment de l'interview, aucun contact n'avait été établi :
« Ce matin, le directeur nous a dit bonjour tranquillement, et c'est tout. »

Sous-effectifs et agents à bout
Première revendication : les conditions de travail. Selon Yannick Benth, sur certains sites, « les agents ne sont pas en sécurité ». Les astreintes souffrent d'un roulement insuffisant et les temps de repos ne sont pas respectés :
« Il y a des agents qui font plus de 100 heures dans le mois, et ils ne sont jamais en repos. On voit réellement qu'on est en sous-effectif et qu'on force sur les effectifs. »
Le syndicat évoque plus de 25 postes vacants, soit plus de 15 % des effectifs à recruter. Des postes pourtant prévus au contrat, insiste-t-il. « Les agents sont fatigués, il y a trop d'abus. » Les propositions de la direction ont été jugées très en deçà :
« Ils ont voulu nous proposer des heures supplémentaires, mais trois heures dans le mois. Ce n'est pas possible. »
Les grévistes défendent aussi les usagers. Les bureaux de proximité de Macouria et de Matoury ont été fermés par la direction, alors qu'ils sont, selon eux, prévus au contrat. Résultat : des clients venus de ces communes reçus à l'extérieur, en pleine chaleur, sans abri, et des agents d'accueil qui « se font harceler », faute de pouvoir recevoir tout le monde entre 7 heures et 14 h 30.
Des coupures d'eau « pas encore sur la table »
Selon l'UTG, la mobilisation est massive : la majorité des salariés seraient en grève à Saint-Laurent et à Kourou, et plus de 20 à Cayenne, un décompte encore provisoire au moment de l'interview. Les non-grévistes peuvent toutefois rejoindre leur poste à pied :
« S'ils ne se sentent pas concernés tout de suite, on les laisse aller au boulot. Mais nos revendications les concernent aussi », assure Yannick Benth.
Les grévistes iront-ils jusqu'à couper l'eau ou réduire la pression pour faire pression sur la direction ? Le syndicat ne l'exclut pas, sans l'annoncer. « On ne sait pas encore, peut-être que ça peut arriver, peut-être pas. Ce n'est pas encore sur la table », répond Alain Balum. « Dans tout mouvement, il y a toujours des choses qui se font pour avancer. Pour le moment, on n'est pas encore à ce stade-là. »
Pour lever le blocage, l'UTG attend que la direction revienne avec des propositions sur l'ensemble du cahier de revendications. « Tout est prioritaire », insistent les représentants syndicaux, qui attendent une invitation à reprendre les discussions avant de décider de la suite du mouvement.





