Mobilisation lycéenne : le rectorat et la CTG face aux revendications
Depuis plusieurs jours, la colère lycéenne a gagné une bonne partie des lycées de Guyane. Treize personnes ont été placées en garde à vue en marge des blocages. Mais derrière certaines situations qui ont dégénéré des vraies revendications. Les principaux interlocuteurs, le rectorat et la CTG, tentent d’y répondre.
Par La rédaction PÉYI · 09/10/2026

Au niveau national, le Premier ministre promet de premières décisions d'ici la fin du mois et près de 3 000 enseignants remplaçants dans toute la France. En Guyane, les revendications s'adressent à deux interlocuteurs clairement identifiés par les élèves : l'État pour les enseignants par l'intermédiaire du rectorat et la CTG pour les bâtiments et les équipements. Les deux étaient réunis sur l’antenne de Radio Télé Péyi.
Un besoin d'écoute avant tout
Pour la CTG, derrière les blocages, il y a d'abord un problème de communication avec les élèves. « Ce qui ressort, et les lycéens nous l'ont encore dit hier, c'est ce besoin d'écoute dans les établissements, de plus de présence et de démocratie avec les élèves », explique Grégoire Michau, directeur général des services de la Collectivité. À Melkior-Garré, les lycéens reçus ignoraient même que des travaux venaient de démarrer : « Les informations ne circulent pas forcément. » Une partie des réparations réclamées relèverait d'ailleurs directement des établissements :
« On parle de petits entretiens dans les toilettes, de portes cassées, de ventilateurs à réparer. Ce sont des éléments sur lesquels les établissements ont normalement la main. »
Un constat qui n'est pas propre à la Guyane, souligne-t-il, puisque les mêmes sujets remontent de toute la mobilisation nationale.
Le rectorat, lui, met en avant l'inquiétude d'une jeunesse face à son avenir. « Tous ces jeunes sont très inquiets, très angoissés par rapport à leur devenir, avec parfois des trajectoires qui ne sont pas encore très claires », observe Emmanuel Henry, secrétaire général de la région académique de Guyane. Des demandes qu'il juge « très légitimes ». Pour lui, cette crise doit déboucher sur du concret :
« Redonner du dynamisme à la démocratie au sein des établissements, structurer le fait que la parole des élèves puisse être remontée. »
Avec une nuance sur la forme : les élèves s'expriment « avec les moyens qui sont les leurs », et il revient aux adultes de faire en sorte que cela se passe de manière apaisée.

Des finances sous pression, des postes difficiles à pourvoir
Pour rénover les lycées dont elle a la gestion, la CTG chiffre actuellement ses besoins afin de les faire remonter au ministère. « C'est plusieurs millions d'euros qu'on investit par an sur la rénovation des lycées, sans compter la construction et l'extension des lycées et des collèges », rappelle Grégoire Michau. Mais la Collectivité prévient que ses finances sont sous pression :
« Le gouvernement a tendance à serrer les budgets des collectivités. Malheureusement, la Collectivité territoriale de Guyane n'y échappe pas du tout. Si on veut continuer à investir demain, et investir encore plus, y compris au quotidien, on a besoin que nos finances nous permettent de le faire. »
Côté rectorat, 37 postes n'étaient toujours pas pourvus début octobre. Et la plus grosse difficulté ne concerne pas forcément les enseignants, détaille Emmanuel Henry. Au-delà du nombre de postes, il pointe un problème d'attractivité avec de fortes disparités sur le territoire :
« Là où on est vraiment en difficulté, c'est sur les moyens annexes : la vie scolaire, l'encadrement, les assistantes de service social, les infirmières, les médecins scolaires. Parfois, on a des postes, mais on n'arrive pas à recruter. Autant on peine très peu à pourvoir nos postes sur l'île de Cayenne, à Macouria ou à Kourou, autant dès qu'on va vers l'Ouest, vers les fleuves, la situation peut devenir plus compliquée. »
Réagir suffisamment tôt
La CTG reconnaît un manque de suivi dans certains établissements. Les dégradations survenues pendant les vacances apparaissent souvent à la rentrée, sans avoir été repérées. Mais pas seulement. « Il y a des fois où la Collectivité n'a pas eu le temps ou les moyens de mettre en œuvre ce qu'elle avait à faire, et ça, il faut qu'on le corrige », admet Grégoire Michau, qui cite l'exemple de Georges-Othily : « Des sujets assez simples n'ont pas pu être traités pendant les vacances. Ce n'est pas une situation acceptable. »
Pour y remédier, la Collectivité annonce une nouvelle organisation, avec des structures de proximité et des référents pour chaque établissement :
« On travaille maintenant à des outils de suivi qui doivent permettre de recenser correctement les demandes des établissements, par écrit, et de faire des points réguliers. On a encore à progresser là-dessus. »
Du côté de l'Éducation nationale, la priorité, c'est de remplacer plus vite les professeurs absents, quitte à changer de méthode. Jusqu'ici, les remplacements de longue durée n'étaient déclenchés qu'au-delà de quinze jours d'absence. « C'est ce délai qu'il va falloir réduire », indique Emmanuel Henry. Le rectorat veut aussi se montrer « plus inventif » : faire travailler les élèves dans une autre discipline lorsqu'aucun remplaçant n'est disponible dans la matière concernée, « plutôt que de laisser les élèves perdre des heures ».
Une dizaine d'établissements en construction ou en projet
La CTG a par ailleurs rappelé son programme de construction d'une dizaine de nouveaux collèges et lycées, dont le lycée de Matoury, un septième collège à Saint-Laurent-du-Maroni et un troisième à Macouria. Objectif : des collèges de 600 à 700 élèves et des lycées d'environ 1 000 élèves, quand certains établissements approchent aujourd'hui les 2 000.
L'interview complète est à retrouver sur les plateformes de streaming de Radio Télé Péyi.





