Morsures de serpent : un nouvel anti venin brésilien autorisé en Guyane
Environ 80 personnes sont envenimées chaque année en Guyane après une morsure de serpent. Neuf cas sur dix seraient liés au Grage petits carreaux. Et les prises en charge peuvent durer très longtemps selon là où la victime se trouve sur le territoire.
Par Victor Zammit · 30/09/2026

L’ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament vient d’autoriser un produit brésilien, dont le déploiement dans les communes de l’intérieur doit désormais être organisé. Pour le professeur Hatem Kallel, qui travaille depuis une dizaine d’années sur les morsures de serpent, le choix du produit brésilien répond à une logique géographique et médicale.
« On est à proximité du Brésil. Le pays fabrique des anti-venins pour soigner sa population. On soigne donc la même population, dans le même contexte géographique, dans le même contexte environnemental, des envenimations causées par le même serpent. »
Le chercheur souligne également les difficultés rencontrées avec l'anti venin mexicain, notamment les problèmes d’approvisionnement. « Avec l’anti-venin mexicain, on a vu que parfois on est en rupture d'approvisionnement, donc on vit sur nos restes de stock. », explique-t-il.
L’ouverture d’une exportation commerciale brésilienne a permis d’envisager une nouvelle solution. « Il y a un peu plus d'une année, le Brésil a ouvert une ligne commerciale pour partager sa production et la mettre à disposition. Nous avons saisi cette opportunité. », précise le Professeur Hatem Kallel. Après constitution d’un dossier scientifique, l’utilisation du produit a finalement été autorisée par l’ANSM.
« Nous avons réuni le dossier scientifique qu'on a déposé à l'ANSM et nous avons eu leur accord très récemment pour pouvoir utiliser cet anti-venin. »

Faire parvenir le traitement au plus près des patients
Aujourd’hui, seuls les hôpitaux de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni peuvent administrer l’antivenin. Une situation qui peut entraîner des délais importants pour les patients vivant dans les communes de l’intérieur.
À Maripasoula, entre 2016 et 2022, la moitié des patients concernés auraient ainsi attendu en moyenne plus de 19 heures avant de recevoir le traitement. Trois hôpitaux de proximité doivent prochainement pouvoir stocker et administrer les antivenins : Saint-Georges, Maripasoula et Grand-Santi.
« L’enjeu, il est résolu par l’arrivée du CHU et avec la mise en place des trois hôpitaux de proximité qui, avec leur label hôpital, vont avoir la possibilité de stocker et d’administrer des anti-venins dans des conditions de sécurité. Il faut que l’anti-venin aille vers les patients et non pas les patients qui viennent pour l’anti-venin. »
Mais cette organisation nécessite aussi des professionnels et une chaîne logistique adaptée. « Derrière l'anti-venin, il y a toute une chaîne de critères à réunir. Il faut avoir une pharmacie, le pharmacien, il faut avoir l'urgentiste... », explique le spécialiste.
Vers un antivenin produit à partir de venins guyanais ?
En parallèle, la Guyane poursuit son projet de développement d’un anti venin à partir de venins de serpents locaux. Une première production a été réalisée au Costa Rica, mais le produit doit encore franchir plusieurs étapes de validation.
« Aujourd'hui on a des tests qu'on appelle de neutralisation. Ils vont prendre plusieurs mois, voire deux à trois ans pour les faire et pour attester que cet anti-venin est réellement efficace sur notre serpent. »
Le professeur Kallel estime toutefois que les recherches pourraient évoluer en fonction de l’efficacité du produit brésilien. Le spécialiste évoque également de nouvelles pistes de recherche, notamment les antivenins synthétiques et les nanoparticules.
« Il faut aller s'investir plus dans les nouvelles technologies, dans les nanoparticules, dans les anti-venins synthétiques, exploiter les nouvelles techniques de production de médicaments. », conclut le Professeur Hatem Kallem.





