« N'ayez pas peur de parler du VIH », Jean-Luc Romero-Michel appelle à briser le tabou
La Guyane est le territoire de France le plus touché par le VIH : plus d'une personne sur cent y vit avec le virus. C'est pourtant aussi le département qui dépiste le plus. De passage à Cayenne, Jean-Luc Romero-Michel, président des Élus locaux contre le sida et de Sida Info Service, a participé vendredi à une table ronde à la mairie avec des associations et des élus de la ville et de la CTG. Son message : briser enfin le tabou.
Par La rédaction PÉYI · 17/10/2026

« Aujourd'hui, les gens continuent à se cacher »
En 2002, Jean-Luc Romero-Michel a été le premier élu de France à révéler publiquement sa séropositivité. Depuis, la médecine a fait des progrès considérables. Les mentalités, beaucoup moins. « Je l'ai appris en 1987. C'était très difficile, je ne pensais jamais connaître mes 30 ans. Mais on était entourés, il y avait une vraie solidarité », se souvient-il. Aujourd'hui, le constat est amer :
« Les gens continuent à se cacher. Est-ce que vous connaissez un Guyanais qui annonce publiquement sa séropositivité ? Un politique guyanais ? Ce tabou est toujours là, et il est grave : comment voulez-vous arriver à la fin d'une maladie s'il y a toujours ces stigmatisations ? »
Lors de sa précédente venue en Guyane, il dit avoir reçu sur les réseaux sociaux des messages de personnes séropositives : « Elles me disaient : j'aimerais bien vous rencontrer, mais je ne peux pas venir vous voir, j'aurais trop peur qu'on me voie avec vous. Vous voyez la force qu'il y a encore autour des stigmatisations. »
Objectif de sa visite : convaincre les élus de s'engager
Son association décerne un label aux villes engagées contre le sida. Selon son dernier rapport d'activité, aucune commune d'Outre-mer ne l'avait encore obtenu.
« Les élus guyanais sont à l'image de leur population. Beaucoup ont peur de parler du VIH, de peur d'être stigmatisés, qu'on se dise : s'il en parle, c'est qu'il est concerné », observe-t-il.
Il assure pourtant avoir rencontré des élus prêts à franchir le pas et compte bien les convaincre. « C'est un beau défi, parce que vous allez sauver des vies. » Un enjeu d'autant plus fort qu'en Guyane, « des mamans accouchent encore d'un bébé séropositif, alors que normalement ça ne devrait plus exister ».
Jean-Luc Romero-Michel salue au passage le travail « remarquable » des sept centres hospitaliers du territoire, ainsi que l'engagement de l'État, dont les moyens consacrés au VIH via les ARS lui semblent bien plus importants qu'il y a une quinzaine d'années.

À la rencontre d'Entr'Aides Guyane
Durant son séjour, Jean-Luc Romero-Michel a également rencontré les salariés et les administrateurs d'Entr'Aides Guyane. Basée à Cayenne, cette association communautaire mène depuis plus de 40 ans la lutte contre le sida et en faveur de la santé sexuelle. Maraudes, tests rapides d'orientation diagnostique (TROD), accompagnement vers la PrEP, interventions dans les établissements scolaires, soutien aux personnes vivant avec le VIH et lutte contre la sérophobie :
« Les missions sont nombreuses, les besoins immenses et l'engagement, à la hauteur des défis », a-t-il salué sur ses réseaux sociaux.
Il s'est dit « profondément impressionné par la force de cet engagement communautaire » et par l'humanité de ces équipes multilingues, « au plus près des réalités du terrain et des personnes qu'elles accompagnent ».
« N'ayez pas peur de parler du VIH »
Pour le militant, la vigilance s'est relâchée en France. « On a baissé la garde, parce qu'on se dit que tout le monde est soigné, donc on banalise. Sauf qu'on oublie que dans des territoires comme la Guyane, il reste un travail monumental à faire. » Il compte sur la prochaine élection présidentielle pour remettre le sujet au premier plan :
« C'est la première présidentielle où l'on peut avoir des candidats qui diront qu'ils seront la présidente ou le président de la fin de la transmission. L'espoir d'une France sans sida, ce n'est pas une illusion. »
Il lance enfin un appel aux élus, notamment aux nouveaux, dont certains ont perdu des proches à cause du virus : « Ceux-là, il faut qu'ils se mobilisent. N'ayez pas peur de parler du VIH. »
Pour rappel, le dépistage du VIH est gratuit et possible sans ordonnance dans les laboratoires d'analyses.
PODCAST : L'interview complète à retrouver sur les plateformes de streaming de Radio Télé Péyi.





