« Nous aussi en Outre-mer, on fait partie de la France » : la révolte lycéenne gagne la Guyane
Après Saint-Laurent-du-Maroni vendredi, les élèves des lycées Melkior-Garré à Cayenne et Georges-Othily à Balata, à Matoury, se mobilisent ce lundi matin. Bâtiments vétustes, chaleur étouffante, sanitaires insalubres : ils réclament de meilleures conditions d'étude, où le mouvement lycéen a démarré. À Melkior-Garré, le préfet est venu sur place, sous forte présence policière, et une poubelle a été incendiée devant l'établissement.
Par Arnaud Behary-Laul-Sirder · 05/10/2026

La révolte lycéenne de l'Hexagone trouve un écho en Guyane. Vendredi, des élèves du lycée Bertène-Juminer de Saint-Laurent-du-Maroni ont dénoncé leurs conditions de scolarité : classes surchargées, manque de climatisation, sanitaires dégradés, matériel défaillant. Des heurts ont opposé certains élèves aux forces de l'ordre. Une seule interpellation est à signaler, selon le parquet de Cayenne.
Ce lundi, le mouvement s'est étendu à l'île de Cayenne. « Ce qui nous a interpellés, ce sont les manifestations en France. On s'est dit que nous aussi, on fait partie de la France, il fallait qu'on fasse quelque chose », explique Marjorie, élève de Melkior-Garré.
Melkior-Garré : « Tout le monde se demande quand il va s'effondrer »
Le lycée compte deux bâtiments Melkior et Garré. A Garré, l'édifice a fait l'objet de travaux. Mais le bâtiment Melkior vétuste reste ouvert. « C'est lui qui risque littéralement de s'effondrer », affirme Ruth. L'an dernier, certains étages ont été fermés plusieurs semaines, par crainte de chutes d'eau et de débris.

Les élèves listent les problèmes : structure rouillée, moisissures, toitures tombées, rats dans la cuisine, coupures d'eau et d'électricité. Et surtout la chaleur. « C'est dur de travailler sous 32 degrés, surtout dans des bâtiments entourés de métal », témoigne Ray. Selon lui, la climatisation est réservée à l'administration, et la plupart des ventilateurs sont cassés, « à moitié arrachés du mur ».
Les lycéens visent la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), responsable des lycées. « Ils étaient déjà venus en 2025, et on n'a pas vu vraiment de changement », regrette Ruth. Les élèves réclament une expertise du bâtiment et préparent un dossier écrit de revendications.

Billy-Rose est très remonté : « On nous parle d'égalité des chances, mais ici, on n'a aucune chance. » Il cite l'exemple des professeurs absents : « Nous, on attend au moins un mois avant d'avoir un remplaçant. »
Préfet, police et poubelle brûlée : une matinée tendue sous observation
Vers 7 h 50, le préfet de Guyane s'est rendu au lycée Melkior-Garré. Il est entré dans l'établissement et a fait sortir les élèves. Mais les lycéens lui reprochent de ne pas les avoir écoutés. « Il a préféré nous expliquer combien ça coûte de faire venir tous ces policiers, au lieu d'écouter les élèves de son département », dénonce Ruth.
Les forces de l'ordre étaient présentes en nombre pour encadrer le rassemblement. Selon les élèves, une trentaine de lycéens ont été fouillés. Ils affirment aussi que les policiers ont menacé d'utiliser du gaz. Les internes ont été renvoyés chez eux, sans explication, selon eux. Un pétard a été lancé, et une jeune fille est tombée au sol.

Devant le lycée, une poubelle a été incendiée en début de matinée. Les élèves interrogés assurent qu'il s'agit d'un acte isolé. « Ce n'était pas de notre fait. On ne sait pas qui l'a fait. Mais le deal, ce n'était pas ça », assure Marjorie, avant d'ajouter : « Si on ne fait pas quelque chose, qui va nous écouter ? » Un autre lycéen tient à s'excuser : « Il ne faut pas associer notre mouvement à ces dégradations. Ce n'est pas ce qu'on voulait. »
« Il faut que le préfet nous entende, au lieu de parler de la police, du budget ou des poubelles qui brûlent », résume Billy-Rose Couronne.
À Balata, des ateliers menacés par les termites
Au même moment, une centaine d'élèves du lycée Georges-Othily, à Balata de Matoury, se sont mobilisés de façon pacifique. « On ne veut pas faire de blocus. On ne veut pas brûler de poubelles. On veut juste des meilleures conditions pour décrocher nos diplômes », explique Ninon, élève de terminale.

Les revendications sont précises selon les élèves : les professeurs n'ont plus accès librement aux imprimantes, et une seule rame de papier serait disponible pour tout l'établissement. Plus de la moitié des chaises sont cassées dans certaines salles. Internet ne fonctionne pas, et les élèves doivent partager la connexion de leur téléphone pour certains besoins en recherche. Le matériel manque pour préparer les épreuves pratiques du bac en sciences. Les toilettes ne ferment plus, et le papier et le savon manquent. « Je me retiens parfois de 7 h à 17 h, parce que j'ai peur d'aller aux toilettes », confie la lycéenne.

Le plus grave concerne les ateliers de la filière bâtiment. L'un d'eux s'est effondré l'an dernier, heureusement sans élève à l'intérieur. Un second, rongé par les termites, menace à son tour. « Ils attendent qu'une catastrophe arrive pour agir », regrette-t-elle.
Les élèves disent se sentir seuls. « Il n'y a aucun professeur, aucun surveillant qui nous aide », regrette Ninon. Ils demandent à rencontrer leur proviseur, qui n'était pas encore venu les voir en milieu de matinée.
Le mouvement pourrait s'étendre
D'autres mobilisations sont annoncées au lycée du Larivot, à Matoury, au lycée Léon-Gontran-Damas, à Rémire-Montjoly et à Gaston Monnerville à Kourou.
« Plus on sera nombreux, plus on sera écoutés », estime Ninon de Balata qui souhaiterait une organisation entre les élèves des différents établissements. À Melkior-Garré comme à Balata, les élèves ne savent pas encore combien de temps durera le mouvement.
Les syndicats de l’Éducation en Guyane soutiennent la mobilisation lycéenne. Dans un communiqué publié hier, l’intersyndicale de Guyane juge les revendications « légitimes » et demande au gouvernement et aux collectivités d’y répondre. Elle dénonce notamment le manque de moyens, les effectifs trop élevés et la dégradation des établissements. Les syndicats appellent à soutenir le mouvement, notamment lors de la journée nationale de demain.





