Politique

Présidence de la CTG : Keena Léonce se lance face à Jean-Paul Fereira

Jusqu'ici, Jean-Paul Fereira était le seul candidat déclaré à la succession de Gabriel Serville. Il a désormais une concurrente. Invitée de Radio Télé Péyi, Keena Léonce, élue chargée du logement et fondatrice du groupe dissident Guyane sans limites, a confirmé sa candidature à la présidence de la Collectivité territoriale de Guyane. À cinq jours du vote, elle mise sur sa méthode de travail et fait du budget sa priorité absolue.

Par La rédaction PÉYI · 22/10/2026

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« Remettre la valeur du travail en avant »


Candidature surprise ? Keena Léonce s'en défend. Si l'annonce intervient tardivement, c'est qu'elle souhaitait attendre les obsèques de Gabriel Serville et la messe de huitaine avant de parler politique. « La décision était déjà prise depuis bien longtemps. Ça fait trois ans maintenant que nous préparons 2028 », assure-t-elle. Le décès du président n'a fait qu'accélérer les choses.

Élue pour la première fois en 2021, l'élue a créé en 2024, avec Aïssatou Chambaud et Violaine Machichi-Prost, le groupe "Guyane sans limites", resté au sein de la majorité tout en dénonçant ses pratiques : 

« Nous n'avons eu de cesse d'expliquer qu'il y avait des choses à changer, des pratiques à modifier. Nous n'avons pas été convaincus par ce qui nous a été proposé. »

Sa candidature, elle la veut « honorable ». Son objectif : 

 « La valeur du travail. Qu'on passe au-delà des discussions, des histoires d'amitié. Arrêter le copinage. Je ne veux pas que les gens votent contre quelqu'un, mais qu'ils votent pour moi. »

Le budget, priorité absolue

Si elle ne devait retenir qu'une priorité pour les 17 mois de mandat restants, ce serait le budget, qu'elle « dénonce depuis trois ans ». Depuis trois ans, son groupe vote contre des budgets qu'il juge « insincères ». L'an dernier, il a même réussi à rallier l'opposition pour rejeter le texte :

« De mémoire d'homme, nous n'avions jamais vu ça. C'était un message fort à la collectivité, pour lui dire qu'il faut arrêter de s'amuser. »

Keena Léonce réclame avant tout une conférence budgétaire, qui permettrait à tous les élus de connaître l'état réel des finances de la CTG :

« Nous votons des rapports, nous ne savons pas où on va. Ce sont des rapports qui ne sont pas mis en place, puisqu'il n'y a pas le budget derrière. »

 Une revendication que Jean-Paul Fereira, selon elle, « n'a fait que reprendre ». Car le contexte est tendu : l'aide exceptionnelle de l'État, de 30 millions d'euros en 2024, est tombée à 15 millions cette année et devrait disparaître l'an prochain. Sur les dépenses de personnel, pointées par la Chambre régionale des comptes, elle estime possible de réduire certains postes tout en améliorant l'efficacité : « Les agents n'ont jamais demandé à avoir plus de cadres. »

Redonner leur place aux élus

Keena Léonce veut aussi rééquilibrer les relations entre élus et administrations. Elle raconte avoir dû attendre 9 mois la validation d'une convention déjà signée, faute de remontée jusqu'au bureau du président : 

 « Une administration qui ne répond pas aux sollicitations, qui ne transmet pas, peut générer une désorganisation. On ne peut pas avoir des postes d’élus et ne pas pouvoir prendre de décisions fermes. À un moment, il faut savoir trancher. »

Aux agents de la collectivité, qui attendent des engagements du futur exécutif, elle se garde de toute promesse avant d'avoir étudié la situation, « déjà alarmante ». Mais elle leur garantit « une oreille attentive ».

Autre priorité : le paiement des entreprises qui travaillent avec la CTG, dont les délais légaux de 30 jours ne sont pas respectés. Membre depuis plus de deux ans du collectif Stop vie chère, l'élue dit avoir rencontré de nombreux acteurs économiques : « Je connais l'importance de ces délais de paiement. »

28 voix pour l'emporter


Le paradoxe n'échappe à personne : en 2021, Keena Léonce figurait sur la liste de Jean-Paul Fereira au premier tour, et son groupe porte le nom de son slogan de campagne, « Guyane sans limites ».

La fracture remonte à 2024, quand une dizaine d'élus envisageaient de dénoncer officiellement les dysfonctionnements de l'exécutif : 

« Nous sommes partis à plus de dix élus, et au final nous nous sommes retrouvés à trois signatures sur le document de scission. C'est ce qui a causé la fracture. »

Elle refuse toutefois de se dire candidate « contre » Jean-Paul Fereira, et retourne l'appel au rassemblement lancé par le président par intérim : « J'appelle Jean-Paul Fereira à me rejoindre. Nous avons l'ingénierie, la puissance de travail. »

Sur l'évolution statutaire, combat du mandat de Gabriel Serville, elle assure que son groupe n'a « jamais arrêté de travailler sur l'article 74 » et dit avoir déjà engagé des discussions avec des candidats à la prochaine présidentielle.

Lundi 26 octobre, les 55 conseillers territoriaux éliront le président à bulletin secret. Il faudra 28 voix aux deux premiers tours, la majorité relative suffisant au troisième. La majorité de 2021, forte de 35 élus, en a perdu cinq. Keena Léonce assure ne pas avoir eu à convaincre ses soutiens et compte appeler chacun des 53 autres élus. 

« Certains disent qu'en un an, on ne peut rien faire. Moi, je leur dis qu'en un an, on peut tout faire », lance-t-elle.

Du côté de l'opposition, c'est pour l'instant le silence : aucun candidat ne s'est encore déclaré, et ses 20 élus pourraient bien peser lourd dans l'issue du scrutin.

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