Présidentielle brésilienne : un duel au coude-à-coude, un pays fracturé
Le Brésil retourne aux urnes ce dimanche 25 octobre pour le second tour de sa présidentielle. Au premier tour, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro a créé la surprise : le fils de l'ancien président Jair Bolsonaro est arrivé en tête avec 47,03 % des voix, devant le président sortant Lula, à 45,16 %, soit 2,2 millions de voix d'écart. Les sondages annonçaient pourtant l'inverse. À deux jours du scrutin, les deux candidats sont au coude-à-coude, dans un pays plus que jamais coupé en deux.
Par La rédaction PÉYI · 23/10/2026

En Guyane, en France et en Amapá, des votes contrastés
Chez les Brésiliens de Guyane, 3 127 électeurs étaient appelés à voter. Flávio Bolsonaro y est arrivé en tête avec 518 voix, contre 484 pour Lula, comme son père en 2022. En France hexagonale, la tendance est inverse : à Paris, Lula a recueilli 78 % des suffrages. À l'échelle de l'ensemble des Brésiliens de l'étranger, le président sortant l'emporte avec 47,6 % des voix, contre 43,5 % pour son adversaire.
De l'autre côté de l'Oyapock, l'Amapá a offert l'un des résultats les plus serrés du pays : Lula y devance Flávio Bolsonaro de seulement 225 voix, 212 503 contre 212 278, soit 45,7 % chacun. En 2022, il y avait battu Jair Bolsonaro avec près de 10 000 voix d'avance.
Lula a progressé dans les sondages
Depuis le premier tour, l'écart s'est resserré. Selon le dernier sondage Datafolha, réalisé du 20 au 22 octobre auprès de 2 520 électeurs, les deux candidats sont à égalité parfaite, avec 50 % des suffrages exprimés chacun. En intentions de vote totales, Flávio Bolsonaro recueille 47 % et Lula 46 %. Au lendemain du premier tour, le sénateur menait pourtant 52 % contre 48 %, puis 51 % contre 49 % une semaine plus tard.
L'institut Quaest confirme ce coude-à-coude : 45 % pour Flávio Bolsonaro, 44 % pour Lula. Le rejet de Lula a nettement reculé, passant de 53 % à 47 %, quand celui de son adversaire atteint 52 %.
Ce sondage est le premier réalisé après le premier débat télévisé entre les deux finalistes, dimanche 18 octobre. Dans cette campagne éclair de trois semaines, chaque camp mise désormais sur la mobilisation de ses électeurs et sur le report des voix des petits candidats.

Un pays coupé en deux
Depuis 1989, le candidat arrivé en tête au premier tour a toujours fini par l'emporter. Mais jamais avec un écart aussi serré, moins de deux points. Sur la carte, le Brésil apparaît coupé en deux, une fracture qui se confirme élection après élection, observe Hervé Théry, géographe et directeur de recherche émérite au CNRS.
D'un côté, le Nordeste, fief de Lula. « C'est la région la plus pauvre du Brésil, d'assez loin, et donc aussi celle de gens qui dépendent beaucoup de l'aide publique », explique-t-il. Les électeurs y restent fidèles à ceux qui ont créé la Bolsa Família, une allocation qui constitue pour beaucoup leur seule source de revenus :
« Lula a toujours gagné dans le Nordeste, mais ce n'est pas ça qui fait la différence, c'est son socle. Les fois où il a été battu, c'est parce qu'il n'a pas réussi à avoir des voix ailleurs. »
De l'autre, l'Amazonie et le Centre-Ouest, qui ont « de plus en plus basculé de l'autre côté ». « Ce sont des régions pionnières, souvent de religion évangélique. Ce sont les principaux soutiens de Bolsonaro, ce qu'on appelait les 3B : le bœuf, la Bible et la balle. »
L'abstention, une réserve de voix incertaine
Au premier tour, 21 % des électeurs se sont abstenus. Une réserve de voix pour Lula ? Hervé Théry invite à la prudence. Le vote est en principe obligatoire au Brésil, mais la règle s'est assouplie :
« Il y a une amende tellement ridicule qu'un certain nombre de gens pauvres disent : j'aime mieux payer l'amende que le bus pour aller jusqu'au bureau de vote, ça coûte moins cher. »
Le géographe se garde de tout pronostic : « Je serais très prudent en disant que ça a l'air plié. » Mais la configuration semble plutôt favorable à Flávio Bolsonaro.
« Lula avait déjà rassemblé pratiquement tout son camp. Il reste un certain nombre de tout petits candidats, à moins de 3 %, qui sont pratiquement tous de droite. Donc la marge de manœuvre est bien plus du côté de Flávio Bolsonaro que du sien. »
L'Amazonie voisine, terre de contrastes
Juste de l'autre côté de l'Oyapock, l'Amazonie brésilienne a elle aussi voté de façon très contrastée. Le Roraima a voté à 71 % pour Flávio Bolsonaro. « Le Rondônia et le Roraima sont tous les deux maintenant conquis par le soja, par des gens qui ont la même idéologie que ceux du Mato Grosso. Ce sont vraiment les bolsonaristes purs et durs », analyse Hervé Théry. L'Amazonas et le Pará, immenses, sont plus divers, entre de grandes villes et des fronts pionniers acquis au bolsonarisme.
En Amapá, où Lula ne l'a emporté que d'un souffle, la société change vite. « C'est un État en profonde transformation, depuis l'ouverture des routes, la construction du pont, et de plus en plus avec les perspectives d'exploitation pétrolière », relève le géographe. Une population « de gens entreprenants qui croient à leur avenir », souvent évangéliques, qui selon lui « fait un peu le lit du bolsonarisme ».
Hervé Théry finalise d'ailleurs un atlas du Brésil, nourri de cartes électorales.
Une soirée électorale à suivre sur Radio Télé Péyi, avec nos partenaires de TV Unifap Amapá, à partir de 19 heures ce dimanche 25 octobre.






