Procès en appel de Marie-Laure Phinéra-Horth : deux ans avec sursis requis à nouveau
L'ancienne maire de Cayenne et ex-sénatrice, désormais « en pause » de la vie politique selon ses propres mots, comparaissait vendredi devant la cour d'appel. Condamnée en première instance pour recel de détournement de fonds publics, Marie-Laure Phinéra-Horth est soupçonnée d'avoir perçu son salaire d'orthophoniste à l'hôpital de Cayenne sans y exercer, de 2013 à 2016. Elle nie toujours en bloc. La décision est attendue le 8 janvier.
Par La rédaction PÉYI · 11/10/2026

Marie-Laure Phinéra-Horth est arrivée au palais de justice entourée de ses proches et de ses soutiens de toujours, parmi lesquels Nestor Govindin, Chester Léronce et son frère Georges-Michel Phinéra-Horth. À ses côtés à la barre, l'autre prévenu : Bruno Milcent, ancien directeur des ressources humaines de l'hôpital, lui aussi condamné en première instance, venu de Normandie où il réside désormais.
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Les faits portent sur la période 2013-2016, lorsque Marie-Laure Phinéra-Horth était maire de Cayenne, fonction qu'elle occupait depuis 2010 après l'élection de Rodolphe Alexandre à la Région, avant d'être élue en 2014. Certains éléments ne sont pas contestés : elle a bien perçu son salaire d'orthophoniste et ses indemnités d'élue. En 2015, par exemple, cela représentait 48 000 euros comme maire de Cayenne, 47 000 euros comme présidente de la CACL et 43 000 euros de salaire versé par l'hôpital.
Reste à l'accusation à démontrer qu'elle n'effectuait pas ses heures. Plusieurs témoignages vont dans ce sens : des chefs de service qui ne la voyaient jamais, des bureaux inoccupés.
« La valse des bureaux »
La question du bureau a longuement occupé la cour. Pourquoi ne venait-elle plus sur son lieu de travail ? L'ex-élue répond en substance qu'elle « n'avait plus de bureau attribué » : son bureau aurait été confié à quelqu'un d'autre fin 2014, dans un hôpital en pleine restructuration. « C'était la valse des bureaux, attribués puis retirés, impossible de venir travailler sereinement », explique-t-elle, contrainte, dit-elle, de « squatter » d'autres locaux.
Qui de la poule ou de l'œuf ? L'ex-élue a-t-elle perdu son bureau parce qu'elle était absente, ou était-elle absente parce qu'elle avait perdu son bureau ? C'est l'une des questions auxquelles les juges devront répondre.
« Mais alors pourquoi n'avez-vous pas signalé la situation à la direction ? Vous continuiez à recevoir votre salaire sans venir travailler », s'étonne la cour. Sur toute la période, Marie-Laure Phinéra-Horth n'a jamais formalisé de demande d'aménagement de son temps de travail, comme la loi le permet aux élus. Une démarche qui implique une baisse de salaire, compensée par les indemnités d'élu.
L'ex-DRH, lui, affirme n'avoir eu aucune relation avec l'ex-maire. Il dit avoir « négligé son devoir dans le dossier », pensant la question de son salaire réglée depuis 2010. Pour lui, c'est « une suite de négligences dans cette chaîne hiérarchique un peu bancale » qui a conduit à la situation jugée aujourd'hui.
Un hôpital en plein dysfonctionnement
Les dépositions et les témoignages dressent un tableau peu flatteur du Centre hospitalier de Cayenne de l'époque : des informations qui circulent mal, voire pas du tout, une chaîne hiérarchique non respectée, un fort absentéisme, où chacun faisait un peu ce qu'il voulait. Un problème pour une structure de plus de 2 000 salariés, relève la cour.
Bruno Milcent en a fait l'un des axes de sa défense : il estime avoir été victime d'un dysfonctionnement généralisé. Mais l'avocat général demande à la cour de ne pas requalifier les faits en détournement par négligence.
Une question plane sur le dossier : quel a été le poids du mandat de maire ? Personne n'a-t-il osé réagir parce qu'il s'agissait de la maire de Cayenne, chacun espérant qu'un autre finirait par le faire ? La direction a-t-elle jugé avantageux de garder une telle élue dans ses effectifs ?
L'avocate de l'ex-élue, aujourd'hui retraitée, dépeint au contraire une orthophoniste livrée à elle-même dans une grosse machine hospitalière, qui voulait travailler mais à qui l'on n'en donnait pas les moyens.
Les mêmes réquisitions qu'en première instance
Contre Marie-Laure Phinéra-Horth, l'avocat général a requis la même peine qu'en première instance : deux ans de prison avec sursis, deux ans d'inéligibilité et une amende dont le montant reste à fixer.
Pour l'ex-DRH, la peine requise est allégée : six mois avec sursis et une amende, elle aussi à fixer. L'hôpital, partie civile, réclame toujours 159 000 euros de dommages et intérêts.
La décision a été mise en délibéré au 8 janvier.





