Restitution des dépouilles kali’na et arawak : le compte à rebours est lancé
Après 134 ans passés dans les collections du Musée de l’Homme à Paris, 6 dépouilles kali’na et arawak vont retrouver la Guyane au début du mois de décembre. Une maison funéraire est actuellement préparée à Iracoubo pour accueillir les ancêtres, dans le respect des traditions des deux peuples.
Par Victor Zammit · 16/09/2026

Morts à Paris en 1892 après avoir été exhibés dans un « zoo humain » à l’époque coloniale au Jardin d'acclimatation, les dépouilles de six Kali’na et Arawak vont prochainement retrouver leur terre d’origine. Une loi adoptée en 2026 permet leur sortie des collections nationales, où leurs dépouilles étaient conservées depuis 134 ans au Musée de l’Homme.

À Iracoubo, une maison funéraire doit être construite pour les accueillir. Le terrain a été cédé par l’évêché. Les plans ont été validés le 9 septembre dernier et les travaux doivent débuter à la mi-octobre.
Le projet a été élaboré pendant près de deux ans avec les autorités coutumières, les descendants et les associations. Pour Corinne Toka-Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet+Po, il s’agit d’un projet sans précédent. La conception de la maison a donc été menée en concertation avec les Yopoto, les chefs coutumiers, afin que le bâtiment corresponde aux traditions des deux peuples.
« Il fallait innover. C'est une première dans l'histoire de la France, première dans l'histoire de la Guyane. Il y a eu vraiment un discours et un travail commun pour que cette maison funéraire pour le repos éternel ressemble vraiment à la culture Kali'na et Arawak. »
La future maison funéraire prendra la forme d’un carbet traditionnel kali’na et arawak. Des fresques, des sculptures et différents symboles liés aux cultures ancestrales doivent y prendre place.

Deux artistes, kali’na et arawak, travailleront notamment sur les fresques du bâtiment central et les poteaux. Des sculpteurs réaliseront également des représentations d’animaux, destinées à symboliser la protection des ancêtres. Pour Corinne Toka-Devilliers, la conception du lieu doit respecter les deux cultures à parts égales.
« Nous avons chacun et chacune nos cultures ancestrales, mais qui se doivent d'être respectées. Donc chacun sait ce qu'il a à faire. »
Une première cérémonie à l’Élysée
Le retour des six dépouilles commencera à Paris. Une cérémonie officielle doit se tenir à l’Élysée le 3 décembre, en présence d’une délégation d’environ 50 personnes venues de Guyane et du Suriname. Elle réunira notamment des descendants, des chamanes, des élus, des représentants des institutions et des autorités coutumières de Guyane et du Suriname.
Selon Corinne Toka-Devilliers, l’organisation de cette cérémonie est prise en charge par l’Élysée. Des dispositions particulières doivent toutefois être préparées pour respecter les ancêtres et limiter les manipulations lors de leur transfert. « On ne veut surtout pas qu'il y ait trop de manipulations de nos ancêtres entre le musée et l'Élysée. Ils devraient être de suite dans un cercueil pour l'Élysée. »
Un tissu rouge doit notamment recouvrir les dépouilles, conformément à une demande formulée par les représentants des communautés.
Rendez-vous : une veillée le 4 décembre et les funérailles le 5
Après la cérémonie officielle à Paris, les six ancêtres doivent rejoindre la Guyane. À Iracoubo, une veillée est prévue le vendredi 4 décembre. Les funérailles traditionnelles auront ensuite lieu le samedi 5 décembre. La population est invitée à participer à ces différents temps de recueillement.





