Saint-Joseph-de-Cluny : fait rare, les lycéens du privé manifestent à leur tour
Plus d'une centaine d'élèves de Saint-Joseph-de-Cluny se mobilise ce jeudi matin dans le centre-ville de Cayenne pour dénoncer l'insalubrité des locaux, la chaleur et la pression scolaire. Une mobilisation rare dans un établissement privé, où les familles s'acquittent de frais de scolarité, et qui s'inscrit dans le sillage du mouvement lycéen national et en Guyane.
Par La rédaction PÉYI · 08/10/2026

Un pétard, quelques chants : dès 7 h 30, jeudi, les abords des établissements Saint-Joseph-de-Cluny s'animent. Les élèves, pour la plupart sans uniforme, se mobilisent devant le lycée avenue Héder. Devant les grilles, le personnel écoute et observe.
Voir des élèves d'un établissement privé manifester reste peu courant. Les lycéens de Saint-Joseph le savent et l'assument : « On est au courant que notre blocus ne va pas forcément être pris très au sérieux, parce qu'on est du privé. » S'ils reprennent le flambeau du mouvement national, leurs revendications portent d'abord sur l'état de leurs propres bâtiments.
« Payer 1 500 euros pour les mêmes conditions que dans le public »
Au cœur de la colère, le décalage entre le prix de la scolarité et l'état des locaux. « On trouve ça scandaleux de payer 1 500 euros l'année pour avoir les mêmes conditions que dans le public », lance un lycéen. Il reconnaît que son établissement n'est « pas forcément autant dans le besoin que Félix Éboué ou Melkior », mais estime avoir « le droit de se faire entendre ».
Les sanitaires, tout comme les autres établissements, cristallisent les griefs : « Il n'y a pas de lumière dans les toilettes, il n'y a pas de porte pour certaines, il n'y a pas de poubelle, pas de savon, pas de papier. » L'exiguïté des lieux est aussi pointée du doigt.
Les élèves disent avoir alerté la direction à maintes reprises, sans résultat : « Ils nous promettent de faire avancer les choses, mais en réalité rien ne bouge. » Une lycéenne, scolarisée à l'externat depuis le CP, abonde : « À chaque rentrée, nous entendons des promesses, mais finalement, c’est toujours pareil. » Les élèves ont rédigé un courrier qu'ils comptent adresser au nouveau proviseur.

Le collège et l'école, encore plus mal lotis, selon les élèves et le personnel.
Les lycéens disent aussi se mobiliser pour leurs cadets. Sur le site historique du groupe scolaire, rues Madame-Payé et Lallouette, le collège et l'école primaire partagent les mêmes lieux, dans des conditions jugées pires encore. « Il ne faut pas oublier qu'on manifeste surtout pour les collégiens, avec à peine cinq toilettes pour je ne sais pas combien de collégiennes et collégiens. Les primaires, c'est pareil, l'odeur est infecte », témoigne une lycéenne. Une situation que confirme une enseignante, qui a souhaité laisser la parole aux élèves.
La climatisation, réclamée depuis trois ans, ne tiendrait jamais longtemps après chaque réparation. Et le manque de surveillants aggrave la situation : « Les élèves ne sont pas encadrés et ils souffrent de la chaleur, donc au lieu de rester dans leur salle, ils font du bruit, ils empêchent de travailler. C'est un cercle vicieux. »
Des longues journées de 4 h 30 à 19 h 30
Autre point soulevé, plus spécifique : la pression scolaire. Les emplois du temps, de 7 heures à 17 h 30, sont percés de longs trous, de 8 heures à 10 heures ou de 15 h 30 à 16 h 30. Pour les élèves qui prennent le bus, la journée commence à 4 h 30 et s'achève vers 19 h 30. « Il n'y a plus de temps pour nous, on n'a plus de vie en fait », résume une lycéenne.
La charge de travail est aussi en cause. « Je peux comprendre que nous sommes dans un établissement privé, que nous payons pour être mieux préparés. Mais avoir des DS toutes les semaines, dans toutes les matières, c'est du stress en plus, une charge mentale en plus », déplore une élève. L'interdiction du téléphone, ajoutée au manque d'espace, prive selon eux les jeunes de tout moment de détente entre deux cours.
« On n'est pas pour la violence »
Alors que plusieurs lycées de Guyane ont connu des débordements ces derniers jours, les élèves de Saint-Joseph tiennent à se démarquer : « On n'est pas pour la violence, on n'est pas là pour péter des pétards ou brûler des poubelles. On est surtout là pour nous faire entendre et pour soutenir les autres lycées. »
Ils disent leur fierté envers les mobilisations de Félix-Éboué et de Melkior-Garré, et espèrent pouvoir se rendre à la CTG. Ils souhaitent aussi rencontrer l'UTG, dont ils ont appris qu'elle pouvait appuyer les lycéens dans leurs démarches.
La détermination, elle, ne faiblit pas : « On nous apprend à fermer notre bouche, mais aujourd'hui c'est fini. On va se battre jusqu'à la fin. ».





