Tourisme en Guyane : des millions d'euros pour séduire le monde
Le Comité du tourisme de la Guyane (CTG) a présenté son bilan du premier semestre 2026. Plus de 45 000 visiteurs sont arrivés par l'aéroport Félix-Éboué entre janvier et juin, “un chiffre honorable”, selon le président du CTG, Jean-Luk Lewest. Mais entre la flambée des billets d'avion, un budget de communication serré et une hôtellerie en perte de vitesse, l'équation reste compliquée.
Par Florian Royer · 03/10/2026

L'aéroport reste la principale porte d'entrée du territoire. Sur les 113 281 passagers partis de Félix-Éboué vers l'extérieur au premier semestre, 45 465 étaient des visiteurs, soit 40,1 %, selon l'Observatoire du tourisme, qui s'appuie sur une enquête du cabinet MTA Consulting auprès de 821 voyageurs.
Le profil type ? Un Hexagonal qui vient voir ses proches. 69,5 % des visiteurs arrivent de France hors Antilles, 21,7 % des Antilles françaises. Le motif affinitaire arrive en tête (41,4 %), devant les affaires (33,1 %) et les loisirs (21,4 %). Plus de la moitié des visiteurs (51,8 %) logent chez des amis ou de la famille, et seuls 24,7 % découvrent la Guyane pour la première fois.

Ces voyageurs restent en moyenne 18,9 jours et dépensent 1 789 euros par personne, dont 940 euros pour l'hébergement. Ils se disent satisfaits à 98,6 %. La situation géopolitique pèse toutefois sur ces résultats, reconnaît Jean-Luk Le West, le président du comité du tourisme :
« Aujourd'hui, on pourrait facilement être à quelques points de plus. Mais on est dans une situation géopolitique qui est ce qu'elle est : la flambée du prix des carburants, une inflation qui galope. Et forcément, elle se ressent. »

Le prix du billet, premier frein
Pour le président du Comité, l'obstacle numéro un est nettement identifié : « Le prix des billets d'avion, les prix du transport qui ont flambé et qui sont véritablement problématiques. »
La Guyane résiste mieux que ses voisines antillaises, grâce à une clientèle plus aisée. Jusqu'à quand ?
« On est beaucoup moins impactés que la Guadeloupe et la Martinique, qui ont une autre typologie de clients. Nous, on s'adresse à une clientèle qui a un peu plus les moyens. Mais ça va arriver. Si le prix du carburant continue à flamber, les billets d'avion continueront à flamber. Et à un moment, même les gens qui avaient les moyens de venir chez nous commenceront à se dire : on va peut-être reporter un peu plus tard. »
Coup de promo avec 3 millions d'euros de budget
Pour attirer de nouveaux visiteurs, il faut se faire connaître. Mais « communiquer, ça coûte cher », déplore Jean-Luk Le West. Les réseaux sociaux restent le levier le plus accessible : 81,3 % des résidents touchés par les campagnes du comité l'ont été par ce biais. « Mais ça ne peut pas suffire. » Il cite l'exemple d'une éventuelle ligne vers Panama :
« Avant que cette ligne puisse être ouverte, il faut impérativement que le comité du tourisme puisse aller faire de la communication dans le sens du hub de Panama vers la Guyane. On ne va pas attendre que la ligne s'ouvre pour aller mettre des 4x3 dans Panama City ou démarcher les réseaux d'agences de voyage. Sauf que ça coûte cher. »

Le comité dispose d'environ 3 millions d'euros par an, fonctionnement compris. Or le tourisme génère près de 160 millions d'euros de chiffre d'affaires en Guyane. « Les écoles de commerce vous disent qu'on investit à peu près 8 % du chiffre d'affaires dans la communication chaque année. Si je devais mettre 8 %, on est loin du budget qu'on a aujourd'hui », souligne le président. Le calcul donnerait près de 12,8 millions d'euros, plus de quatre fois l'enveloppe actuelle. « Il faut s'adapter. On a une régulation budgétaire qui concerne l'ensemble du territoire guyanais. »
Les locations saisonnières grignotent l'hôtellerie
Autre tendance de fond : les hôtels traditionnels perdent du terrain au profit des locations de meublés. Au premier semestre, 22,2 % des visiteurs extérieurs ont choisi l'hôtel, pour 8,1 jours en moyenne, et 16,4 % un gîte ou un meublé, pour plus de 20 jours.
« Les chiffres le disent eux-mêmes. Les hôtels régressent et les meublés augmentent. Nous, Comité du tourisme, on labellise des meublés de tourisme. On n'en a jamais labellisé autant que l'année dernière », constate Jean-Luk Le West. Des produits rénovés, « attractifs en termes de prix, qui donnent des services minimums, certes, mais qui conviennent très bien aux gens ». Le président appelle les hôteliers à se remettre en question :
« Avant, on faisait un produit et on attendait que les gens viennent dessus. Ça ne marche plus comme ça. Les gens veulent des produits adaptés réellement à leurs besoins, un certain nombre de technologies à leur disposition qu'ils ne retrouvent pas dans les hôtels. On a un peu campé sur nos lauriers, comme tout le monde. »

Des leviers existent, comme les fonds européens, mais ils posent un problème de trésorerie : « Ces fonds européens, il faut les préfinancer. Si on a des produits qui sont sur la table et qui sont bons, il va falloir trouver des préfinancements pour pouvoir les faire. »
Les Guyanais, touristes chez eux mais exigeants
Le bilan ne s'arrête pas aux visiteurs venus d'ailleurs. Selon une enquête téléphonique menée auprès de 505 résidents, 53,7 % des Guyanais ont voyagé au premier semestre. Parmi eux, 73,4 % sont partis hors du territoire, 37,3 % ont fait un séjour avec nuitée en Guyane et 36,8 % une simple excursion.
Saint-Laurent-du-Maroni arrive en tête des séjours avec nuit (32,7 %), devant Kourou (24,8 %) et Cayenne (22,8 %). Kourou est la première destination d'excursion (32,3 %). Ces escapades restent courtes, 4,7 jours en moyenne, pour une dépense de 335 euros par personne.

Les résidents se montrent bien plus sévères que les visiteurs : seuls 56,1 % se disent satisfaits. Le prix (28,1 %), le manque de communication (20 %) et les infrastructures (15,7 %) concentrent les critiques. Et 31,9 % de ceux qui n'ont pas voyagé en Guyane expliquent que cela ne les intéresse tout simplement pas.
Sur les vols intérieurs, 11 657 passagers ont décollé de Félix-Éboué au premier semestre, dont 90,8 % de résidents. Maripasoula reste la destination phare. Là encore, 8,3 % des voyageurs pointent des billets d'avion trop chers.





