Trois chercheuses de Guyane récompensées par le prix L’Oréal-UNESCO « Pour les Femmes et la Science » 2026
Maëva Leroy, Irène Calderon Sanou et Malika Gottstein figurent parmi les 35 lauréates du prix L’Oréal-UNESCO « Pour les Femmes et la Science » 2026. Elles seront récompensées ce mercredi à Paris pour leurs travaux consacrés au bois guyanais, à la biodiversité des sols et à la régénération des forêts tropicales.
Par Etienne Cornec · 07/10/2026

Trois chercheuses liées à la Guyane sont mises à l’honneur cette année par le programme L’Oréal-UNESCO « Pour les Femmes et la Science ». Elles ont été sélectionnées parmi 820 candidatures issues de l’ensemble des régions françaises et distinguent leurs travaux dans deux catégories : « Biodiversité et société : préserver la planète » et « Innover pour un futur durable ».
À travers leurs recherches, Maëva Leroy, Irène Calderon Sanou et Malika Gottstein s’intéressent à trois enjeux liés à la préservation et à la connaissance des écosystèmes guyanais.
Maëva Leroy veut valoriser les bois guyanais pour l’écoconstruction
Architecte et docteure en science du bois, Maëva Leroy travaille sur le potentiel des essences guyanaises pour développer une construction plus locale et moins dépendante des matériaux importés.
Aujourd’hui, une grande partie du bois utilisé dans la construction est importée, avec un coût environnemental lié notamment à sa transformation et à son transport. La chercheuse s'intéresse donc aux bois de petit diamètre, encore peu valorisés, notamment lors des opérations de défrichement liées à la création de routes ou à de nouveaux projets.
« Ça consiste à récupérer des bois de petit diamètre, donc à peu près 10 à 12 cm de diamètre, qui pour l'instant ne sont pas valorisés ou peu valorisés. »

Son travail consiste à caractériser les propriétés de ces essences afin de déterminer lesquelles peuvent être utilisées dans la construction, notamment pour le logement. Certaines d'entre elles ont d'ailleurs déjà été utilisées traditionnellement dans les constructions amérindiennes et créoles. L'un des intérêts de son approche réside dans l'utilisation du bois sous sa forme ronde, en limitant les étapes de transformation. Une méthode qui permettrait, selon la chercheuse, de réduire les besoins en énergie, en main-d'œuvre et en matière première.
« L'idée, c'est de les utiliser sous leur forme ronde, donc en fait de s'éviter toute l'étape de sciage. En retirant cette transformation, on fait une économie d'énergie, de main-d'œuvre et aussi de matière, et on obtient un matériau qui est naturellement prêt à l'emploi. »
Irène Calderon Sanou explore la biodiversité invisible des sols
Enseignante-chercheuse à l’Université de Guyane et originaire du Costa Rica, Irène Calderon Sanou s'intéresse à une biodiversité largement méconnue : celle qui se trouve sous nos pieds. Bactéries, champignons, vers, insectes et de nombreux autres organismes vivent dans les sols. Pour identifier cette biodiversité, la chercheuse utilise une technique basée sur l’ADN environnemental.
« Dans mon travail, je m'intéresse à ce qu'est la biodiversité du sol. On peut dire que c'est une biodiversité invisible, dans le sens qu'on ne la voit pas, mais qui est là, qui est présente et qui est super importante. »

Le principe consiste à récupérer les traces d’ADN présentes dans un échantillon de sol, puis à les séquencer et à les comparer avec des bases de données scientifiques. Cette méthode permet ainsi d'obtenir une photographie beaucoup plus précise des organismes présents dans un sol et pourrait contribuer à révéler une diversité encore inconnue ou insuffisamment documentée :
« On va récupérer les traces d'ADN de tous ces organismes qui habitent pour ensuite les séquencer et comparer à des bases de référence globales. Ça permet de voir s'il y a une diversité plus grande d'organismes qu'on peut suspecter, qu'on ne connaît pas. »
Malika Gottstein étudie les animaux qui participent au renouvellement des forêts
Doctorante allemande au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, Malika Gottstein consacre ses recherches aux interactions entre les animaux et les arbres de la forêt guyanaise et à leur rôle dans la régénération des écosystèmes forestiers.
Son projet porte plus particulièrement sur le Virola kwata, une espèce d’arbre dont les graines sont dispersées par le kwata, le singe-araignée :
« Mon projet actuel se focalise sur une espèce d'arbre qui s'appelle Virola kwata, et l'arbre s'appelle comme ça parce que ses graines sont dispersées par les kwata. »

La chercheuse étudie notamment l’impact des activités humaines sur cette relation entre l’arbre et l’animal. Pour observer les interactions, elle installe notamment des pièges photographiques dans les arbres. Ses observations montrent déjà une diminution de la présence des kwatas dans les secteurs davantage perturbés par les activités humaines. Une situation qui pourrait avoir des conséquences sur la dispersion des graines et, à terme, sur la régénération de la forêt.
« Ce que je fais pendant mes recherches, c'est que je grimpe les arbres, je mets des caméras, des pièges photo, des petites caméras qui prennent une photo à chaque fois qu'il y a un animal qui passe. Il y a moins de kwata dans les zones un peu plus perturbées par les activités humaines, et dans ces zones-là, on peut attendre qu'il y ait aussi moins de dispersion. »
Avec leurs travaux complémentaires, les trois chercheuses contribuent à mieux comprendre les écosystèmes guyanais et à identifier des solutions pour leur préservation et leur utilisation durable.
Elles font partie des 35 scientifiques récompensés cette année parmi 820 candidates. Au-delà de la reconnaissance accordée à leurs travaux, les lauréates bénéficient également d’une dotation comprise entre 15 000 et 20 000 euros, destinée à soutenir la poursuite de leurs recherches.





