Urgences pédiatriques : les besoins, les moyens et le parcours de l'enfant en discussion
Les premières Journées guyanaises des urgences pédiatriques se sont tenues les 19 et 20 octobre à l'Institut santé des populations en Amazonie (Ispa), au CHU de Cayenne. Pédiatres, urgentistes de Cayenne, Kourou, Saint-Laurent-du-Maroni, médecins des centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS) et hôpitaux de proximité ont fait le point sur l'organisation de la spécialité et le parcours des enfants malades. Le directeur général du CHU de Guyane, Ahmed El-Bahri, en a profité pour annoncer quelques évolutions.
Par La rédaction PÉYI · 23/10/2026

CHU de Cayenne : 17 000 passages par an
Aux urgences pédiatriques de Cayenne, mises en service en 2023, six pédiatres et une médecin généraliste assurent l'accueil des enfants. « On a à peu près 17 000 passages par an en moyenne, dont à peu près 250 admissions en urgence vitale », détaille la docteure Imen Dhouibi, pédiatre au service.
À l'arrivée, les infirmiers prennent en charge l'enfant dans un box dédié, avant un tri selon la pathologie et la gravité. L'enfant est alors orienté vers le circuit classique ou vers la salle d'accueil des urgences vitales (SAUV).
Le service dispose de trois box équipés pour surveiller un enfant sous scope, de deux lits d'hospitalisation de courte durée, d'un box de consultation rapide, d'un box de traumatologie et d'un lit d'urgence vitale dédié aux enfants, encore situé au sein de la SAUV adulte. Une réanimation pédiatrique doit voir le jour prochainement au CHU.

Le principal défi reste l'afflux de patients, y compris très tard la nuit. Près de 60 % des passages relèvent de la médecine générale, explique Dr Imen Dhouibi :
« On a une activité énorme de transferts secondaires des communes vers Cayenne. C'est peut-être parfois faute d'avoir un médecin traitant sur le territoire. Chaque enfant malade va recourir en premier aux urgences », explique la pédiatre.
À cela s'ajoutent les difficultés liées à la pédopsychiatrie, dont le circuit de prise en charge reste flou.
La spécialité pédiatre urgentiste progresse, mais reste fragile. « On monte en compétence, on a de plus en plus de pédiatres qui se spécialisent en urgence ou en réanimation. Mais malheureusement, on souffre d'un turn-over régulier », regrette la docteure Julie Allard, pédiatre au CHU de Cayenne et en CDPS-Hôpitaux de proximité.
Saint-Laurent : « Il faut que le paradigme change »
Au CHU de Saint-Laurent-du-Maroni, le docteur Crépin Kezza, chef des urgences, ne mâche pas ses mots :
« On n'est pas très bons en pédiatrie, il faut s'améliorer. L'urgence pédiatrique souffre d'un manque de personnel formé et d'un turn-over », reconnaît-il.
Le service voit environ 10 000 enfants par an, avec trois box et une vingtaine de chambres de pédiatrie, mais sans réanimation adaptée aux enfants. Le défi est surtout démographique : la moitié de la population de Saint-Laurent a moins de 25 ans, et plus de 40 % des patients des urgences sont des enfants de 0 à 15 ans. Pourtant, « 80 % des spécialistes de l'enfant se trouvent sur l'île de Cayenne. Ce n'est pas une critique, c'est une histoire d'attractivité », affirme le médecin urgentiste.

En pratique, ce sont souvent les urgentistes adultes qui prennent en charge les enfants, y compris les plus graves, avant l'intervention des pédiatres ou un transfert vers Cayenne. Dr Crépin Kezza qui plaide pour un rééquilibrage :
« Nous venons de loin, mais on peut améliorer les choses. On ne peut pas rester avec ce qui se fait actuellement. Il faut que le paradigme change. Il faudrait qu'une partie des réanimateurs et des urgentistes pédiatres puisse exercer à l'hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni. »
Dans les communes isolées, un pédiatre au bout du fil
Dans les sept communes de l'intérieur desservies par les CDPS et les hôpitaux de proximité, environ 27 000 habitants sont concernés, dont 9 700 enfants, selon les données présentées lors de la conférence.

CDPS de Trois-Saut - Zidok commune de Camopi - Photo : Radio Télé Péyi
En cas d'urgence vitale, « ça va être d'abord une prise en charge par l'équipe qui est sur place », médicale et paramédicale, ou seulement paramédicale lorsque le centre n'a pas de médecin, explique la docteure Chloé Pansart, médecin responsable de la pédiatrie dans les CDPS et hôpitaux de proximité. L'équipe stabilise l'enfant, puis sollicite le Samu et le pédiatre de garde, joignable 24 heures sur 24 à Cayenne.
Si l'enfant est assez stable, il reste soigné sur place, avec un suivi régulier à distance. Sinon, le Samu organise son transfert en hélicoptère : le Samu pédiatrique ou de la néonatologie pour les moins de deux ans, le Samu adulte au-delà.
Un trajet en hélicoptère entre Cayenne et Camopi ou Papaïchton dure environ une heure et près de trois heures aller-retour. Mais les interventions peuvent couter chère. Le coût d'une évacuation aérienne peut parfois atteindre 10 000 à 40 000 euros selon les moyens engagés. S’ajoute à cela, les frais de déplacements réguliers des médecins pédiatres de Cayenne vers les sites isolés.
La population connaît bien ces structures, y compris des patients des rives voisines qui traversent pour des soins urgents. L'équipe, qui se déplace régulièrement dans les communes depuis 2011, voit venir de plus en plus de spécialistes, cardiopédiatres, généticiens ou ophtalmologues, explique la Docteure Chloé Pansart :
« On commence à avoir des soins à peu près de la même qualité, qu'on soit domicilié sur l'île de Cayenne ou à Maripasoula »
L'ECMO pédiatrique bientôt au CHU
Le directeur général du CHU de Guyane, Ahmed El-Bahri, a profité de ces journées pour annoncer une avancée importante : l'établissement proposera l'oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) pédiatrique, en plus de l'ECMO adulte. Cette technique d'assistance permet de suppléer le cœur ou les poumons des patients les plus graves.
Pour la docteure Imen Dhouibi, ces premières Journées des urgences pédiatriques doivent justement permettre de « voir les difficultés rencontrées par chacun des services qui prennent en charge les enfants en première ligne, et d'organiser une meilleure prise en charge pour les enfants de la Guyane », notamment en améliorant le parcours, du CDPS jusqu'aux différents services spécialisés.





