Hydrocarbures : désobéissance civique et autonomie, la riposte des parlementaires après le vote de l’Assemblée
Le rejet à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à autoriser à nouveau l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins continue de faire réagir en Guyane. Porté par le sénateur guyanais Georges Patient et adopté par le Sénat en janvier dernier, le texte a finalement été rejeté par les députés par 74 voix contre 64 ce jeudi 11 mai 2026.
Pour le député Jean-Victor Castor, de retour en Guyane, si le vote est une défaite parlementaire, le débat aura permis de replacer la Guyane au centre des discussions nationales. « Pendant deux heures, nous avons mis au centre du débat la question de la Guyane et cette volonté farouche de ne pas développer ce pays qui a pourtant autant de ressources », affirme-t-il.
Jean-Victor Castor devant le siège du MDES à Cayenne © G.Vernet - Radio Télé Péyi
Un vote "contre" alors que l'ensemble des élus territoriaux, maires, parlementaires et monde économique guyanais avaient annoncé unanimement leur soutien à cette proposition de loi. Ils y voyaient une opportunité de développement, d'autonomie énergétique à la fois pour la Guyane et pour la France qui continue d'importer 99% d'énergie fossile qu'elle consomme. Soit près de 75 millions de tonnes de pétrole importées par an.
Car d’après une étude menée par TotalEnergies en 2011, qui visait justement à explorer le potentiel d’exploitation de ce dernier, la Guyane se trouverait sur un terrain capable de fournir jusqu’à 5 milliards de barils de pétrole sur une période de dix ans, soit la somme colossale d’environ 290 milliards d’euros. Et même avec une vision plus modeste, TotalEnergies estimait qu’il était a minima possible d’en extraire 438 millions de barils sur la même période, soit près de 25.4 milliards d’euros.

Des forages ont donc eu lieu et tous se sont révélés infructueux, selon différents rapports. Les conditions d’exploitation ont été jugées non rentables par les industriels. Des conclusions qui interpellent alors la ressources est bien présente au Suriname, au Guyana et au Brésil voisins. La loi Patient aurait eu au moins comme objectif de poursuivre les prospections au large de la Guyane.
Sauf que pour le gouvernement et de nombreux députés, valider cette loi est contraire aux engagements de la France au niveau international. L'Etat s'est engagé notamment dans les différentes COP et instances onusiennes à une limitation de la consommation d'énergies fossiles et à contribuer à la baisse des émissions de gaz à effet de serre.
Appel à la mobilisation et à la désobéissance civile
Le député de la 1er circonscription de Guyane a lancé un appel à l’organisation citoyenne et à la mobilisation populaire. Le député estime que le refus du Parlement traduit une incapacité persistante de l'État à répondre aux aspirations du territoire :
« On ne peut plus attendre. La question de la désobéissance civile est déjà en marche. J'appelle les Guyanais à s'organiser en comités de défense de notre pays »
L'élu évoque notamment l'occupation de terres appartenant à l'État afin de faire pression sur le gouvernement et ouvrir des négociations sur l'avenir institutionnel de la Guyane.
L'autonomie comme solution politique : “ Nou savé ki si nou té gen nou statu dotonomi, nou té ké pouvè fè’l”.
Pour Jean-Victor Castor comme pour le sénateur Georges Patient, la principale leçon de cette séquence politique est claire : seule une évolution statutaire permettrait à la Guyane de décider elle-même de l'exploitation de ses ressources naturelles, indique le député :
« Si nous étions autonomes, la question ne se poserait même pas. Même Emmanuel Macron l’avait reconnu que si nous étions autonomes, on lui aurait enlevé une épine du pied »
Georges Patient © Radio Télé Péyi
Un constat partagé par Georges Patient, qui estime que le rejet du texte renforce la nécessité d'accélérer la réflexion sur un passage à l'article 74 de la Constitution, souligne le sénateur :
« Il est plus qu'urgent d'aller vers ce changement statutaire. Si nous étions sous le régime de l'article 74, cette compétence nous aurait déjà été transférée »
Les deux élus rappellent que des collectivités comme la Polynésie française ou la Kanaky-Nouvelle-Calédonie ne sont pas concernées par les restrictions de la loi Hulot grâce à leur autonomie institutionnelle.
Le vote a également laissé des traces sur le plan politique. Jean-Victor Castor et son collègue Davy Rimane reprochent à une partie de la gauche d'avoir voté contre un texte pourtant soutenu par la quasi-totalité des élus et acteurs socio-économiques guyanais. « La rupture est politique avec la gauche sur cette question-là », indique Jean-Victor Castor.
De son côté, Georges Patient dénonce ce qu'il qualifie de « dogmatisme » et de « paternalisme » à l'égard des territoires ultramarins :
« Refuser même la possibilité d'explorer revient à préférer le dogme à la science et l'ignorance à la connaissance ».
Malgré le rejet du texte, les élus guyanais assurent que le débat est donc loin d'être clos. Pour eux, la question de la recherche de nouvelles ressources renvoie directement à celle du pouvoir de décision et de l'avenir institutionnel de la Guyane.