Déchets : les communautés de communes à la recherche d’un modèle durable
Près de trois mois après les élections municipales et communautaires, les présidents des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), leurs représentants et le président de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) se sont retrouvés à Kourou pour une première conférence dédiée à la gestion des déchets.
La Guyane produit et traite aujourd'hui environ 150 000 tonnes de déchets par an. Selon les dernières données disponibles, 84 % de ces déchets sont encore enfouis, soulignant l'enjeu majeur que représentent les futurs projets de valorisation et de traitement sur le territoire.
Cette réunion a permis à chaque territoire de présenter sa situation et ses difficultés. Si les réalités diffèrent selon les bassins de vie, le constat partagé est sans appel : la question du traitement des déchets constitue l’un des principaux défis environnementaux et sanitaires auxquels la Guyane doit faire face.
Construire une stratégie commune
Chaque année, près de 100 000 tonnes de déchets sont traitées sur le territoire de la CACL, dont plus de 56 000 tonnes issues directement des collectes réalisées auprès des habitants de l'agglomération. Maire de Cayenne et présidente de la Communauté d’Agglomération du Centre Littoral (CACL), Sandra Trochimara a plaidé pour une coopération renforcée entre les collectivités :
« Le traitement des déchets est un enjeu majeur pour l’ensemble de la Guyane. Nous avons la responsabilité de bâtir une stratégie commune, fondée sur un dialogue permanent entre les EPCI, la CTG et l’État. Cette démarche doit nous permettre de mieux prendre en compte les réalités de chaque territoire, partager nos ambitions et définir ensemble des solutions pérennes. »
La présidente de la CACL a rappelé que sa collectivité avait investi plus de 20 millions d’euros ces quatre dernières années pour l’extension du site des Maringouins afin de garantir la continuité du service jusqu’à sa fermeture prévue en 2028.
Depuis 2024, 21 millions d’euros supplémentaires ont également été engagés pour les études liées à la future unité de valorisation énergétique (UVE) et à la nouvelle installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) à Wayabo à Kourou.
Quel autre site que Wayabo ?
Les principaux élus du territoire n'ont pas réussi à s'accorder sur l'emplacement de la future installation de stockage de déchets non dangereux destinée aux communes de l'Est, à la CACL et à la CCDS.
Alors que le projet de Wayabo est actuellement suspendu par une décision de justice, le maire de Kourou et président de la CCDS, Michael Rimane, a proposé une nouvelle parcelle de 25 hectares à Kourou :
« Wayabo n'est pas le bon choix d'emplacement . Avec cette nouvelle proposition, nous souhaitons afficher notre détermination à faire avancer la gestion des déchets sur le territoire des Savanes »
© CTG
De son côté, la présidente de la CACL, Sandra Trochimara, a rappelé l'urgence de trouver une solution, le site de Tigre-Maringouin devant arriver à saturation à l'horizon 2028. Les discussions doivent se poursuivre afin d'identifier un site capable de répondre aux besoins futurs du territoire.
Mutualiser les moyens pour réduire les coûts soit 730 millions d’euros à mobiliser
Pour Alain Mesmin, maire de Ouanary et vice-président de la CCEG, la Communauté de communes de l’Est guyanais, cette rencontre a permis de mesurer l’ampleur des enjeux communs aux quatre intercommunalités :
« Chaque territoire s'est engagé à faire des propositions en termes de gestion cohérente des déchets. Tout n'est pas parfait, mais la volonté est forte pour apporter des solutions durables. Nous avons pu comparer nos difficultés et nous rendre compte que si nous ne travaillons pas ensemble, cela nous coûtera très cher. La mutualisation et la péréquation sont des pistes essentielles. »
Les élus s’accordent notamment sur la nécessité de partager les équipements et les investissements à venir afin d’optimiser les coûts de fonctionnement. Le financement des futures infrastructures reste l’une des principales préoccupations. Président de la CTG, Gabriel Serville a rappelé l’ampleur des investissements nécessaires :
« Nous avons programmé un montant de 730 millions d’euros pour la collecte, le tri, le transfert, la construction de l’ISDND et de l’unité de valorisation énergétique. C’est beaucoup d’argent et chacun doit dire exactement ce qu’il peut mettre dans la cagnotte pour que nous puissions continuer à avancer ensemble. Si nous ne faisons pas ce travail, c’est toute la Guyane qui va crouler sous le poids des déchets. »
Une seule voix pour porter les projets à travers un comité de pilotage
À l’origine de cette initiative, Michaël Rimane, maire de Kourou et président de la CCDS, la Communauté de communes des Savanes, souhaite voir émerger une position commune entre les collectivités afin de faciliter les discussions avec la CTG et les services de l’État :
« L’objectif est de définir une proposition commune et de travailler avec la Collectivité territoriale de Guyane et l’État sur les financements. Nous devons converger vers une position claire, partagée et durable pour l’avenir du territoire. »
À l’issue des échanges, les participants ont acté la création d’un comité de pilotage dédié à la gestion des déchets. Cette nouvelle instance aura pour mission de coordonner les actions des collectivités, harmoniser les méthodes de travail et définir une feuille de route commune.
La prochaine réunion est déjà programmée le 30 juin à Saint-Laurent-du-Maroni, avec l’ambition affichée d’accélérer les décisions sur des infrastructures devenues indispensables pour répondre aux besoins du territoire.