Dette publique : Éric Heyer et Davy Rimane décryptent les finances de l'État
La France emprunte désormais à plus de 5 %, un niveau inédit depuis 2002, et les seuls intérêts de sa dette lui coûtent près de 80 milliards d'euros par an. C'est dans ce contexte, alors que les députés examinent le budget 2027, que l'économiste Éric Heyer revient en Guyane à l'invitation du député Davy Rimane. Deux conférences publiques sur les finances et la dette publique sont organisées, l’une a eu lieu hier à Saint-Laurent-du-Maroni, puis mardi ce mardi 27 octobre à Kourou.
Par La rédaction PÉYI · 27/10/2026

Des taux qui effacent les efforts
Pour Éric Heyer, économiste à l'OFCE, ces taux élevés traduisent surtout l'incertitude politique. Selon lui, ces taux devraient redescendre mais la facture restera :
« Quand vous avez une dette de haute qualité, vous ne pouvez pas avoir 5 % de taux d'intérêt, c'est quasiment impossible. Sans doute après les élections, lorsqu'on aura un peu plus de visibilité. On va garder trace pendant huit ans de ces taux d'intérêt élevés, c'est la maturité de la dette. »
Un coût qui pèse sur les efforts demandés aux Français. Le Haut Conseil des finances publiques chiffre à 40 milliards d'euros les efforts attendus des citoyens, mais leur effet sur le déficit est absorbé par la charge de la dette :
« Ces 40 milliards, on devrait normalement les voir sur la réduction du déficit. Ce n’est pas le cas, parce que les charges d'intérêt compensent cet effort. On va dire : regardez, les déficits n'ont pas baissé, alors qu'on va demander énormément d'efforts », regrette l'économiste.
« Quand les aides sont invisibles, personne ne veut les rembourser »
Si la dette a autant grimpé ces dernières années, c'est en partie à cause des aides au pouvoir d'achat versées pendant la crise de l'énergie, et surtout de la façon dont elles ont été accordées. Après le « quoi qu'il en coûte », l'État a mis en place des boucliers tarifaires. « Sans doute ce qu'il y a eu de plus terrible en France », estime Éric Heyer :
« Soit vous donniez un chèque à chaque personne pour compenser la hausse des prix, soit vous bloquiez les prix. Quand vous donnez un chèque, la personne sait qu'elle a été aidée, et même de combien. Quand on bloque les prix, c'est complètement invisible. »
L'inflation a certes moins augmenté en France qu'ailleurs, mais le choix s'est révélé coûteux sur le plan politique :
« Quand les aides sont invisibles, personne ne veut les rembourser. Personne n'a l'impression d'avoir été aidé au cours de cette crise énergétique, alors qu'on a mis 75 milliards sur la table. »
Budget des Outre-mer : « déshabiller Pierre pour habiller Paul »
Le gouvernement met en avant un budget des Outre-mer en hausse pour 2027. Une hausse de façade, selon Davy Rimane, président de la délégation aux Outre-mer de l'Assemblée nationale. Jusqu'ici, la mission Outre-mer plafonnait autour de 2,8 à 2,9 milliards d'euros. Davy Rimane, déplore le député de Guyane :
« Certains se gargarisent en disant que le budget passe à 3,6 milliards. C'est juste parce qu'on a enlevé une mission au ministère de l'Intérieur et qu'on l'a basculée au ministère des Outre-mer. On a déshabillé Pierre pour habiller Paul. Il n'y a pas d'augmentation du budget »
La délégation avait travaillé sur un contre-budget pour répondre aux urgences des territoires ultramarins : il atteignait près de 11 milliards d'euros. « Nos territoires sont en première ligne de tout, mais ce sont toujours les derniers servis », estime le député, pour qui la lecture du budget démontre que « nous n'avons jamais été au cœur de la République française ».
La 2e conférence se tiendra à Kourou, ce mardi 27 octobre à 18 heures à l'Hôtel des Roches. Elle est gratuite et ouverte à tous, sans inscription.





