Politique

Gabriel Serville : Thibault Lechat-Vega rend hommage à “son mentor”, Roger Aron à son “compagnon de route”

Gabriel Serville, raconté par ceux qui l'ont accompagné. Au lendemain de sa disparition, deux de ses plus proches collaborateurs ont accepté de témoigner. Thibault Lechat-Vega, son ancien attaché parlementaire devenu 3e vice-président de la CTG, salue un mentor. Roger Aron, son ami qui l'a accompagné de Matoury jusqu'à la Collectivité, raconte un homme de terrain, à l'écoute de sa population.

Par Victor Zammit · 03/10/2026

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Thibault Lechat-Vega : « Un mentor, presque une figure paternelle »

Le 3e vice-président de la CTG, chargé des affaires européennes, a été l'attaché parlementaire de Gabriel Serville pendant neuf ans, lorsque celui-ci était député. Il a ensuite siégé à ses côtés au conseil municipal de Matoury, avant de le suivre à la Collectivité. Leurs familles étaient amies : c'est ainsi qu'ils se sont connus.

« J'ai commencé à travailler pour lui le lendemain de la fin de mes études. J'ai eu mon diplôme un vendredi, et le lundi je rejoignais son équipe à l'Assemblée nationale. C'est quelqu'un qui m'a vu grandir, qui m'a poussé. Pour moi, c'était un mentor, un modèle, un ami. Presque une figure paternelle. »

Au-delà du « grand homme guyanais », il garde le souvenir d'un homme resté simple malgré ses responsabilités, jusque sur la scène internationale, dans la lutte contre le VIH et le paludisme : « Une personne extrêmement simple, extrêmement humble, extrêmement drôle, capable de s'émerveiller des petites choses. » Ancien professeur de mathématiques, Gabriel Serville avait hérité de ses parents une grande rigueur :

« Mais être rigoureux, ce n'est pas être têtu. Il savait écouter, se remettre en question, évoluer. C'est quelqu'un qui vous faisait grandir, mais qui grandissait aussi avec vous. Je suis arrivé en 2012 à l'Assemblée avec lui, je sortais de la fac, et lui aussi était un jeune député. On a grandi ensemble. »

Thibault Lechat-Vega a été témoin de tous ses combats : l'évolution statutaire, « le combat de sa mandature » à la CTG, mais aussi la lutte contre l'orpaillage illégal, la sécurité, le développement durable, la reconnaissance des droits des peuples autochtones, ou encore un travail moins médiatique sur les budgets. « Lorsqu'on représente un territoire comme la Guyane, on n'a pas d'autre choix que d'être spécialiste de tous les sujets. »

Roger Aron : « Il aimait le contact de son peuple »

Roger Aron a d'abord connu Gabriel Serville comme musicien, à la fin des années 1980, quand son groupe jouait au restaurant le Tattoo. En 1988, les deux hommes deviennent voisins dans une cité de Matoury. Leur premier combat commun : une action collective contre des malfaçons dans une résidence, gagnée devant le tribunal. Après... ils ne se quitteront plus, de la mairie de Matoury jusqu'à la CTG, où Roger Aron porte aujourd'hui le dossier de l'évolution statutaire, de la pêche et de l'agriculture.

Ce compagnonnage de route a aussi connu des défaites. En 2008, Gabriel Serville perd les municipales à Matoury. Six ans plus tard, il repart avec presque la même équipe :

« Il voyait en chaque personne une capacité à évoluer. En 2014, on aurait pu se dire : on a pris une claque la première fois, on n'est pas chauds pour y retourner. Eh bien non, il a su convaincre son équipe : cette fois-ci, on va gagner. »

De là naît son slogan, « Si to pè, pa pè », si tu as peur, n'aie pas peur. « C'était le vaccin qu'il nous donnait. » Sur le terrain, une sortie avec lui durait rarement le temps prévu :

« S'il y avait 40 personnes dans le restaurant, il fallait qu'il parle à ces 40 personnes. Il ne refusait la main de personne, il dialoguait avec tout le monde, quelle que soit sa place dans la société. On sortait du restaurant, quelqu'un l'accrochait, "président, je veux te voir", et c'était reparti pour un tour. Il avait une qualité d'écoute hors du commun. »

L'une des dernières fois où Roger Aron l'a accompagné, c'était à l'Élysée, pour défendre l'évolution statutaire. Emmanuel Macron s'est fait représenter par son secrétaire général, qui a confié ne connaître de la Guyane que Papillon.

« Là, j'ai vu Gabriel Serville sortir de ses gonds. Il a frappé la table et il a dit : c'est impossible que vous puissiez nous dire ça. La condescendance était tellement forte. C'est la première fois que je l'ai vu vraiment s'énerver. On s'est levés : on n'avait plus rien à se dire. »

VIDEO : Roger Aron dans "L'INVITE DU 7H"

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