La révolution lycéenne touchera-t-elle la Guyane ?
Salles sans climatisation, effectifs bien au-delà de la capacité, toilettes sans portes ni savon : les élèves du lycée Bertène-Juminer de Saint-Laurent-du-Maroni sont descendus devant leur établissement ce vendredi 2 octobre pour dénoncer leurs conditions de scolarité. La mobilisation a donné lieu à des heurts avec les forces de l’ordre. Elle fait écho au mouvement de blocage des lycées parti de Seine-Saint-Denis, qui gagne aujourd'hui l'ensemble de l'Hexagone.
Par Arnaud Behary-Laul-Sirder · 03/10/2026

Salles sans climatisation, effectifs bien au-delà de la capacité, toilettes sans portes ni savon : les élèves du lycée Bertène-Juminer de Saint-Laurent-du-Maroni sont descendus devant leur établissement ce vendredi 2 octobre pour dénoncer leurs conditions de scolarité. La mobilisation a donné lieu à des heurts avec les forces de l’ordre. Elle fait écho au mouvement de blocage des lycées parti de Seine-Saint-Denis, qui gagne aujourd'hui l'ensemble de l'Hexagone.
Tension devant le lycée de Saint-Laurent
Devant Bertène-Juminer, la mobilisation a viré à l'affrontement. Des jeunes ont lancé des cailloux et des bouteilles sur les forces de l’ordre. Ces derniers sont intervenus pour disperser les manifestants rassemblés sur le parking de l’établissement.
Le parquet de Cayenne fait état d'une seule interpellation. Selon la procureure de la République, Aline Clérot, un mineur a été placé en garde à vue « en marge de ces événements hier. L'intéressé a été déféré pour une mesure de réparation et un stage de citoyenneté. »
Une élève de terminale, qui a souhaité garder l'anonymat, a accepté d'expliquer le sens du mouvement au nom de ses camarades. Elle tient à distinguer les revendications des violences :
« Nous, à la base, on voulait que les jeunes soient entendus. On voulait faire suite à ces événements sans violence. Mais il y a des jeunes comme nous qui n'ont pas les mêmes convictions, malheureusement. »

« Ça fait des années qu'on travaille dans de mauvaises conditions »
La liste des griefs est longue. « On est en Guyane, il fait très chaud, le climat est tropical. Et on se retrouve avec des salles de classe sans électricité, sans clim, ou avec de simples brasseurs d'air », explique la lycéenne. La plupart des vidéoprojecteurs ne fonctionnent pas.
Surtout, l'établissement déborde. Conçu pour 900 à 1 000 élèves selon elle, il en accueille aujourd'hui plus de 1 300. Les bâtiments de la filière professionnelle, pillés l'an dernier, ne sont plus utilisables : leurs élèves sont relogés dans le reste du lycée, et certains n'ont repris les cours que la semaine dernière. Des fiches de stage de bac pro ont aussi été perdues, obligeant des élèves de terminale à refaire un stage pour valider leur année.
Les sanitaires cristallisent la colère : « On n'a pas de porte pour les toilettes, pas de papier toilette, pas de savon, le savon qui est la base de l'hygiène ». Faute d'eau dans leurs toilettes, les garçons doivent se laver les mains dans celles des filles.
« On nous fait comprendre qu'on doit rester à notre place »
Au-delà du bâti, les élèves dénoncent l'attitude d'une partie du personnel. « On nous fait bien comprendre qu'on est de simples élèves, qu'on n'a pas notre mot à dire, qu'on doit rester à notre place », rapporte la lycéenne.
Le contrôle des tenues vestimentaires, en particulier celles des filles, est vivement contesté. Selon elle, certains surveillants feraient des remarques déplacées à l'entrée du lycée, du type « tu es trop sexy », et des camarades lui ont rapporté que des surveillants baissaient eux-mêmes des t-shirts jugés trop courts. « Je ne cautionne pas qu'on puisse dire ça à des jeunes filles. Si c'est ce que l'on pense, il y a une manière de dire les choses. »
Les élèves du lycée Léopold Elfort de Mana se sont aussi mobilisés.
La CTG pointée du doigt
La veille, une délégation d'élèves a été reçue à deux reprises. Le matin, de 10 h 30 à midi environ, par la direction et les CPE. L'après-midi, à 14 h 30, en présence de représentants du rectorat et des services de gestion du lycée. Aucun membre du service social, ni infirmière ni assistante sociale, n'y participait, regrette la lycéenne.
Les réponses apportées ont été jugées « soi-disant positives ». Mais pour les élèves, le problème dépasse l'établissement. D'après ce que leur a expliqué l'administration, portes, climatisation et même papier toilette relèvent de la Collectivité territoriale de Guyane, propriétaire des lycées, et les relances resteraient sans effet. « Le problème, ce n'est pas forcément le lycée en lui-même, c'est le fait qu'on ait une CTG qui, depuis des années, ne fait pas grand chose pour le bien-être des élèves », estime la lycéenne.
Dans le sillage du mouvement national
La mobilisation de Saint-Laurent-du-Maroni intervient alors qu'une vague de blocages secoue les lycées de l'Hexagone. Le mouvement est parti de Seine-Saint-Denis, où les élèves en sont à leur deuxième semaine de mobilisation, avant de s'étendre au Val-de-Marne puis aux académies de Lyon, Lille, Marseille ou Nice. Vendredi 2 octobre, 735 établissements étaient perturbés en France, et une journée nationale de mobilisation est prévue mardi 6 octobre.
Dans l'Hexagone aussi, les lycéens dénoncent des classes surchargées, la chaleur, la pression de Parcoursup ou encore des violences sexistes et racistes. Des revendications qui recoupent largement celles de Bertène-Juminer, et que la lycéenne inscrit dans une même démarche :
« On veut faire suite au mouvement national car nous aussi on est l'avenir, et on mérite d'étudier dans de bonnes conditions. Ce n'est pas que pour nous, c'est pour les générations futures, pour que notre avenir ait un sens. »





