Politique

Les hommages après la disparition de Gabriel Serville en Guyane et au-delà

Le président de la Collectivité territoriale de Guyane s'est éteint ce mercredi 30 septembre 2026, entouré des siens, à l'âge de 67 ans, après un long combat contre la maladie. De Cayenne à Paramaribo, de Fort-de-France à Paris, élus, institutions et proches saluent la mémoire d'un ancien professeur de mathématiques devenu maire de Matoury, député puis président de la CTG. Ils évoquent un homme de convictions qui a défendu l'autonomie et porté l'ancrage caribéen et amazonien de la Guyane.

Par La rédaction PÉYI · 01/10/2026

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Sur le territoire, l'émotion traverse les clivages. L’ancienne sénatrice Marie-Laure Phinéra-Horth, qui avait fait campagne à ses côtés lors des territoriales de 2021, salue « l'un de ses fervents serviteurs ». Elle rappelle aussi l'éducateur : « Des générations de lycéens se souviennent d'un homme à l'écoute, convivial, parfois sévère mais toujours juste. » Elle évoque un homme qui s'est battu contre la maladie « jusqu'au bout avec dignité, courage et détermination ».

Pour le sénateur Ryan Persaud, « avec lui s'éteint une figure majeure de la vie publique guyanaise ». Il souligne ses derniers combats : l'autonomie, l'adhésion à la Caricom et le retour des dépouilles kali'na. « Le combat qu'il a mené ne s'éteint pas avec lui : il nous appartient de le poursuivre, pour la Guyane et dans l'intérêt de la Guyane. »

Les hommages viennent aussi de ceux qui s'étaient opposés à lui. Le député Davy Rimane écrit : « J'ai été de ceux qui l'ont soutenu, avec la conviction qu'un changement était possible pour la Guyane. Puis nos chemins politiques se sont éloignés. » Il ajoute : « Aujourd'hui, je veux saluer l'homme. » Le député Jean-Victor Castor retient « nos échanges, nos convergences et parfois nos désaccords » avec « l'homme profondément attaché à la Guyane ».

Ancien président de la CTG, Rodolphe Alexandre  estime que « la Guyane perd un homme politique à un moment essentiel d'un débat pour son devenir », tout en appelant à penser « aux successeurs qui devraient être mis en place pour l'intérim de la collectivité ».

Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice et ancienne députée de Guyane, à qui Gabriel Serville avait succédé comme député de la première circonscription en 2012, salue « cette opiniâtreté tranquille, cet entêtement sans lever le ton ». Elle évoque aussi chez l'ancien proviseur « une préoccupation pédagogique permanente » et un homme resté « calme, même en colère ». Dimanche, elle lui avait envoyé un message pour son anniversaire : « J'espère seulement qu'il ignorait que c'était la dernière bataille. Et qu'il est parti paisible et serein, son état d'esprit naturel. »

Au sein de la CTG, la peine est plus intime. Le 3e vice-président chargé des affaires européennes Thibault Lechat-Vega a cheminé 14 ans à ses côtés, à l'Assemblée, à Matoury puis à la Collectivité. Il parle d'un « mentor » : « Il m'a tout appris sur l'engagement, sur la politique, sur la responsabilité. Il m'a surtout appris à croire en moi. »

Le vice-président chargé de la Culture, Emmanuel Prince livre un texte plus amer sur cette disparition : « Rendre hommage à quelqu'un après sa mort est une chose ; l'avoir respecté, épargné, soutenu et aimé de son vivant en est une autre. »

Le préfet de Guyane, Antoine Poussier, salue « un grand élu républicain ». Le recteur Guillaume Gellé évoque « un partenaire constant de l'académie », notamment pour la construction et la rénovation des collèges et lycées et pour le développement de l'Université de Guyane. Présidente de la CCI, Carine Sinaï-Bossou avait été sa suppléante à l'Assemblée. Elle confie avoir « perdu un ami » qui la « boostait » et voulait la pousser vers une carrière politique.

Les communes s'inclinent également. À Matoury, dont il fut maire de 2014 à 2017, Serge Smock salue un parcours mené « de la salle de classe aux responsabilités municipales, parlementaires et territoriales ». Kourou, Mana, Saint-Laurent-du-Maroni et la CCOG de Lénaïck Adam ont publié des messages de condoléances. L'Association des maires de Guyane, présidée par Michel-Ange Jérémie, décrit un élu qui défendait ses idées « avec vigueur, parfois avec rudesse ». Elle ajoute : « On pouvait débattre avec lui, s'opposer à lui ; on ne pouvait rester indifférent à son engagement. » Les drapeaux des mairies seront en berne à partir du jeudi 1er octobre et jusqu'aux funérailles.

À Cayenne, la maire Sandra Trochimara salue « le pédagogue, le serviteur, le combattant qui aura profondément marqué la vie politique et institutionnelle guyanaise ». Elle rappelle son slogan, « Hisser la Guyane au rang de carrefour mondial d'excellences », qui « était et restera le cœur de la vision qu'il portait pour notre territoire ». Plus personnellement, elle évoque leurs échanges « durant les moments de ton plus grand combat » et lui adresse ces mots en créole : « Gabriel to alé men to pa pati ! ».

L'ONAG (Organisation des nations autochtones de Guyane) rend hommage à un élu qui a contribué « à faire entendre la voix des peuples autochtones dans les institutions de la République ». Elle cite son rôle de rapporteur de la commission d'enquête sur l'orpaillage illégal, son soutien à la rétrocession de 400 000 hectares et son accompagnement de la restitution des restes des Kali'na et Arawak exhibés à Paris en 1892.

Dans la grande région : l'artisan de l'ancrage caribéen et amazonien avec un oeil sur les RUP

Gabriel Serville, défenseur de la coopération régionale recoit des hommages des pays voisins. Hors de Guyane, les voisins saluent d'abord l'homme de la coopération. L'ambassade de France au Suriname décrit un « pionnier de la coopération transfrontalière et régionale », une « figure connue et appréciée au Suriname, où il laissera une empreinte indélébile ». 

En Martinique, le président de la Collectivité Territoriale de Martinique Serge Letchimy revient sur la participation de Gabriel Serville à la 51e réunion des chefs de gouvernement de la Caricom, après la signature de l'acte d'adhésion de la Guyane comme membre associé. « J'y voyais l'aboutissement d'un combat en lui, la concrétisation d'une ambition portée pendant des années et cette fierté immense de voir la Guyane prendre toute sa place au sein de sa famille caribéenne », écrit-il.

En Guadeloupe, le président de Région Ary Chalus salue « un partenaire loyal et courageux » et « un infatigable défenseur des territoires ultramarins ». Il rappelle leur combat commun au sein de l'Appel de Fort-de-France, par lequel les présidents des exécutifs ultramarins réclamaient une refondation des relations entre l'État et les Outre-mer.

À La Réunion, la présidente de Région Huguette Bello, ancienne députée GDR, groupe dans lequel siégeait Gabriel Serville, rappelle avoir travaillé à ses côtés lorsqu'ils siégeaient tous deux à l'Assemblée nationale, puis dans le cadre de leurs fonctions à la tête de leurs collectivités respectives. Elle salue « un homme compétent, d'une grande gentillesse et profondément engagé au service de la Guyane ». 

L'Union caribéenne des télécommunications (CTU), basée à Trinidad-et-Tobago, rappelle que la Guyane a adhéré en mai 2026 à l'organisation sous sa présidence. Elle a ensuite rejoint la Caricom en juillet, puis accueilli la CTU ICT Week en septembre. Jusqu'aux Canaries, autre région ultrapériphérique de l'Union européenne, le président Fernando Clavijo adresse ses condoléances à un territoire avec lequel « nous partageons singularités, défis et opportunités ».

Au niveau national : un « grand serviteur de la République »

À Paris, le président de la République Emmanuel Macron estime que « la Guyane perd un de ses défenseurs les plus passionnés ». Il se souvient de leur dernière rencontre, le 21 mai, consacrée à l'avenir institutionnel de la Guyane : « Quoique convalescent, Gabriel Serville m'était apparu combatif et investi. » Il salue « un partenaire exigeant mais toujours respectueux », chez qui « il y avait une élégance des mots et des gestes ».

Sébastien Lecornu, le Premier ministre retient une vie consacrée « à transmettre et à servir », avec au cœur de ses engagements le développement, l'environnement et la lutte contre l'orpaillage illégal. Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer confie : « Il y a quelques jours encore, nous échangions sur l'avenir de la Guyane. Je n'imaginais pas que ce serait notre dernier échange. » Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, qui l'a côtoyé lorsqu'il dirigeait le CNES, évoque un homme qui « croyait en l'avenir du spatial en Guyane » et voulait qu'il profite pleinement à la population. Manuel Valls, ancien Premier ministre qui avait noué avec lui une relation de confiance au ministère des Outre-mer, salue son combat « pour l'autonomie de la Guyane ». « Aujourd'hui, je perds un ami », écrit-il.

La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet rend hommage à « cet élu de conviction ». Son ancien groupe parlementaire, la Gauche démocrate et républicaine, où il a siégé de 2012 à 2021, garde « le souvenir précieux de sa douceur et de son attention aux autres ».

Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France Insoumise, fidèle soutien national, salue « un homme entièrement voué à l'amour de son pays ». Mathilde Panot, députée LFI, rappelle son combat à l'Assemblée contre l'orpaillage illégal. Marine Le Pen du Rassemblement National évoque « un élu engagé au service de son territoire ». Pour l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, « la République perd l'un de ses grands serviteurs ». L'eurodéputé Younous Omarjee pleure un ami « intransigeant » qui « ne transigeait jamais quand le respect des Guyanais était en jeu ».


Dans les rues de Cayenne : « Il va laisser un vide »

Après l'annonce du décès de Gabriel Serville, nous sommes allés à la rencontre des Guyanais. Dans les rues de Cayenne, tous avaient une pensée pour lui.

« Je viens de l'entendre il y a cinq minutes. En plus, il était maire de ma commune, donc forcément ça m'a touché », confie un habitant. Une passante salue son action : « Je sais qu'il a œuvré pour la jeunesse guyanaise. C'était quelqu'un d'important. » Un porteur de projet se souvient de sa disponibilité : « Quelle que soit l'ampleur du projet, on avait toujours une réponse de la part du président. » Un sinistré de l'incendie du mont Baduel, qu'il était venu rencontrer, résume : « C'est une perte capitale pour la Guyane. Il va laisser un vide. »

Le Réseau des acteurs haïtiens de Guyane (RAHG) avait reçu son soutien lors de cet incendie de juillet 2024, qui avait laissé environ 1 500 personnes sans abri. Sa présidente, Rosita Pierre-Louis, raconte lui avoir écrit le jour même de son évacuation sanitaire, sans savoir qu'il était malade : « Il m'a répondu depuis son avion, en m'orientant vers son conseiller spécial. » Elle conclut : « Il est resté l'homme qu'il était avant de devenir président, et je crois qu'il est parti comme l'homme qu'il était, en être humain. »

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