Politique

Mort de Gabriel Serville, président de la Collectivité territoriale de Guyane

Le président de la Collectivité territoriale de Guyane est décédé ce mercredi 30 septembre à Cayenne, à l'âge de 67 ans. Professeur de mathématiques, ancien député et ancien maire de Matoury, il avait mené depuis 2024 un long combat contre un cancer qui l'avait tenu éloigné du territoire pendant des mois. Cette fois, hospitalisé à Cayenne, victime d'une embolie pulmonaire, il laisse une Guyane orpheline d'une de ses figures politiques majeures des quinze dernières années.

Par La rédaction PÉYI · 30/09/2026

© Radio Télé Péyi
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De Matoury à la CTG en passant par l’Assemblée nationale

Son engagement politique commence au sein des Forces démocratiques de Guyane, avant qu'il ne rejoigne le Parti socialiste guyanais, de 2008 à 2017. 

Élu maire de Matoury le 30 mars 2014, Gabriel Serville a été installé maire de Matoury lors d’une cérémonie particulièrement émouvante. C’est sa mère qui lui a remis l’écharpe tricolore, un moment qui a fait fondre en larmes le nouveau maire, sous les applaudissements du public. Dans son discours, il avait promis de travailler à la « paix et à la réconciliation » et assuré qu’il n’y aurait « pas de chasse aux sorcières » au sein de la mairie.

Il démissionne le 25 août 2017 pour se conformer à la loi sur le non-cumul des mandats, élu à nouveau député de Guyane. En octobre 2018, il lance son propre mouvement régional, Péyi Guyane. 

Neuf ans au Palais Bourbon

À l’Assemblée nationale, il se forge une réputation d'élu indépendant. Depuis 2012, bien que siégeant dans le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, à majorité Front de gauche, il se distingue en votant la plupart des textes du gouvernement socialiste, accordant notamment sa confiance au gouvernement Ayrault II en juillet 2012 alors que son groupe s'abstient. Il est réélu en 2017 au second tour avec 51,33 % des voix, et siège au bureau de l'Assemblée nationale sous les deux législatures. 

À l'Assemblée nationale, l'orpaillage illégal aura été le grand combat de Gabriel Serville, à la croisée de l'environnement et de la sécurité. Dès octobre 2012, il dénonce une activité qui relève selon lui d'un véritable esclavage moderne. Il obtient en 2021 la création d'une commission d'enquête dont il est le rapporteur, chargée notamment d'établir les responsabilités dans l'empoisonnement au mercure des populations de l'intérieur. Son rapport est présenté le 28 juillet 2021, quelques jours avant son départ du Palais Bourbon. Membre de la commission du Développement durable, il est aussi vice-président des groupes d'études sur le climat, les énergies vertes, l'eau et la biodiversité.

AFP

Sur la sécurité, il interpelle régulièrement le ministre de l'Intérieur : violences à Matoury, marquée par deux meurtres et huit cambriolages en une semaine, embuscade contre des gendarmes sur le Maroni en 2016, attaque de la base militaire de Stoupan en 2017. Président du groupe d'amitié France-Haïti, il plaide aussi pour une réponse plus ferme de la France à la crise haïtienne, jusqu'à sa dernière prise de parole dans l'hémicycle.

Son parcours sur les questions LGBT illustre une évolution notable. En 2013, il s'abstient lors du vote du mariage pour tous. Cinq ans plus tard, il cosigne la tribune « Nous, parlementaires des Outre-mer, refusons l'homophobie ! » puis co-rédige le premier rapport parlementaire sur les discriminations anti-LGBT dans les Outre-mer. Il y dénonce une homophobie plus prégnante qu'en Hexagone, qu'il relie en partie à l'héritage colonial, religieux, et fustige, les chants de carnaval et de musiques urbaines homophobes.

Il y porte inlassablement les dossiers sanitaires guyanais. En 2016, il alertait déjà sur la situation du Centre hospitalier de Cayenne ; en juillet 2020, en pleine épidémie de Covid-19, il interpellait vivement le ministre de la Santé, sur la gestion de la pandémie sur le territoire.

2021, la consécration

La stratégie paie. En 2021, Péyi Guyane remporte la majorité des sièges à l'Assemblée de Guyane, et Serville en est élu président le 2 juillet 2021, succédant à Rodolphe Alexandre. Il quitte alors son mandat de député. Une mandant dont son principal objectif était d'"hisser la Guyane au carrefour mondial de l'excellence". Une citation que l'exécutif territorial martelait régulièrement.

Parmi les réalisations mises en avant par son exécutif : poursuivre le processus d’évolution statutaire, la défense du projet de CHU de Guyane ou encore le renforcement de la coopération internationale Plateau des Guyanes et Caraïbe. Marqué par sa propre maladie, il s'était engagé en février 2026 à faire aboutir l'installation d'un PET scan adossé à un cyclotron, y voyant un acte de justice territoriale et espérant le voir concrétisé d'ici deux à trois ans.

Son mandat s’est ensuite assombri par ses absences. Malgré une longue absence, il continue d'assumer ses fonctions à distance, suscitant interrogations et agacement. 

Le combat contre la maladie

En novembre 2024, il doit rejoindre l’Hexagone en urgence pour raisons de santé. En janvier 2025, la voix affaiblie, par téléphone il lâche dans le Grand Forum sur Radio Péyi : « Je suis très malade et très souffrant mais je ne suis pas mort. » 

Le 15 juin 2025, il regagne la Guyane 7 mois après son départ, soigné pour un cancer de l'estomac, et se dit en rémission. Les images le montrent affaibli, amaigri mais souriant. Il confie alors : « L'odeur de la terre mouillée me manquait.

En septembre 2026, il évoque une virus contracté à Sainte-Lucie, ayant nécessité des examens en Martinique. Le 27 septembre 2026, jour de ses 67 ans, journée d’élections sénatoriales, il est hospitalisé au CHU de Cayenne. Son décès a été annoncé quelques jours après.

Gabriel Serville, un musicien à la basse 

Derrière le président de la CTG se cache aussi un passionné de musique. Gabriel Serville est guitariste et bassiste, avec notamment une expérience de bassiste de jazz Gabriel Serviette était amateur de Jazz fusion dans le groupe Quintette Gang avec entre autres Claude Bertrand et Jacques Sainte-Rose.

Il appréciait également la biguine mazurka guyanaise. Même élu, Gabriel Serville n'hésitait pas à partager sur scène cette affection pour la musique locale, comme lors de la Fête de la musique en 2022 au Zéphyr, où il avait accompagné Les Mécènes à la guitare basse. Une autre facette du président de la Collectivité, loin des dossiers institutionnels, mais souvent au contact de la culture et des musiciens guyanais.

Gabriel Serville, “Gabi” pour ses proches, aura à sa manière marqué la vie politique et la société guyanaise. 

DIRECT : un dispositif spécial à suivre sur Radio Télé Péyi

VIDEO : interview de Gabriel Serville en janvier 2026

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