Emmanuel Macron célèbre l’héritage de la loi Taubira à l'Elysée
Après des cérémonies organisées au Sénat le 10 mai puis à l’Assemblée nationale le 20 mai, l’Élysée a accueilli ce jeudi une cérémonie dédiée aux 25 ans de la loi Taubira. Promulguée le 21 mai 2001, cette loi portée par Christiane Taubira reconnaît officiellement l’esclavage et la traite négrière comme crimes contre l’humanité.
Devant près de 400 convives, plusieurs élus et représentants des territoires ultramarins, Emmanuel Macron a insisté sur l’importance du devoir de mémoire et de transmission historique. « La première des réparations consiste à restaurer la vérité dans notre histoire, à lui donner toute sa place, à donner des noms aux héros. »
Le chef de l’État a notamment évoqué la figure de Toussaint Louverture et la réhabilitation de sa mémoire au fort de Joux en 2023. Pour Emmanuel Macron, l’éducation et la recherche doivent rester au cœur du travail mémoriel.
« L'éducation donc, pilier essentiel pour commencer à réparer. La recherche ensuite, c'est poursuivre les fonds dévolus aux études sur l'histoire coloniale, sur l'histoire de l'esclavage, de la traite. »
La question des réparations revient dans le débat
Dans son discours, le président de la République a également abordé la question sensible des réparations et des restitutions d’œuvres d’art africaines engagées par la France. « Pour continuer de réparer, il faut restituer, car cette mémoire, la violence qui va avec l'esclavage, la traite qui a été aussi avec la colonisation, s'est accompagnée de rapts. ». Tout en reconnaissant les limites de cette démarche, Emmanuel Macron a estimé qu’aucune réparation ne pourrait totalement effacer les crimes commis.
« Nous devons avoir l'honnêteté de nous dire qu'on ne pourra jamais réparer ce crime totalement, parce que c'est impossible. »
© Pool images Elysée
Christiane Taubira souligne la portée internationale de la loi et se rejouit du processus d’abrogation du Code Noir
Très émue lors de son intervention, Christiane Taubira a rappelé que cette loi dépasse désormais le seul cadre national. L'ancienne députée de Guyane et ministre de la Justice a notamment évoqué la récente adoption par l’ONU d’une résolution sur la traite transatlantique, inspirée selon elle par la loi française de 2001 :
« Cette loi qui vient du monde, elle nous ramène à nous-mêmes, à qui nous sommes, à ce que nous sommes devenus. Je sais que nous sommes attachés à un certain nombre de mots : le courage, la justice. Ces mots sont dynamiques. »
L’ancienne garde des Sceaux a également cité Aimé Césaire pour rappeler l’empreinte laissée par l’histoire de l’esclavage sur le monde contemporain. « Pas un coin de ce monde qui ne porte mon empreinte digitale. »
© Pool image Elysée
Christiane Taubira s’est enfin réjouie que le Parlement puisse prochainement examiner l’abrogation formelle du Code noir. Le président de la République a justement annoncé son soutien à la proposition de loi portée par le député de Guadeloupe Max Mathiasin visant à abroger officiellement le Code noir.
Le chef de l’État a demandé au gouvernement de soutenir le texte qui doit être débattu le 28 mai prochain à l’Assemblée nationale. Pour Emmanuel Macron, l’absence d’abrogation formelle constitue aujourd’hui « non pas un simple oubli mais une faute » de la République :
« Le silence, voire l'indifférence que nous maintenons depuis près de deux siècles à l'égard de ce Code noirest devenu une forme d'offense. Je demande au gouvernement de faire sienne la proposition de loi visant à abroger le Code noir »
Gabriel Serville réclame des actes concrets
Présent à l’Élysée, Gabriel Serville, le président de la CTG a salué l’hommage rendu à Christiane Taubira par le chef de l’Etat. Mais le président de la CTG estime que les annonces du Président Emmanuel Macron restent insuffisantes sur la question des réparations :
« La réparation, ce n'est pas donner de l'argent à chaque individu, mais c'est de prendre un certain nombre de résolutions qui permettraient à ces territoires qui ont connu l'esclavage de pouvoir mieux prospérer. Ce n'est pas du tout le cas de la Guyane. »
Le président de la CTG estime toutefois que l’abrogation du Code noir constitue un geste important pour les territoires ultramarins.