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Affaire Kereneur : la cour d’assises entre dans le vif du dossier

Le procès de Sylvain Kereneur s’est ouvert hier devant la cour d’assises de Fort-de-France. Cette première journée d’audience a été marquée par les témoignages des familles de la victime, Karina Gama De Souza, et de l’accusé. Affaibli par des problèmes de santé, Sylvain Kereneur est poursuivi pour avoir tué sa compagne en mai 2020, par suffocation, avant de brûler son corps alors qu’elle était enceinte. Le verdict du procès suivi par notre partenaire RCI est attendu vendredi.

  • Par: adminradio
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Ce mardi 6 janvier, le procès Kereneur s'est ouvert devant la cour d'assises de Martinique à Fort-de-France. Sylvain Kereneur, 39 ans, reconnaît son implication dans la mort de sa compagne Karina Antunes Gama De Sousa. Ce dernier affirme pourtant l’avoir étouffée "par accident" après qu’elle l’ait menacé avec un couteau. Kereneur a ensuite voulu brûler son corps au pied d’un pont. "Pris de remord", le trentenaire se serait arrêté.

Dans le box des accusés, Sylvain Kereneur est apparu très affaibli, s’exprimant avec difficulté. Incarcéré depuis plusieurs années, son état de santé a été évoqué dès l’ouverture des débats.

Les antécédents médicaux de l'accusé sont nombreux. Ils sont été évoqués dès l'entame du procès : de nombreux AVC et infarctus, du diabète… À la barre, l'homme bégaie et a du mal à s’exprimer. Le compte rendu de l’expertise psychiatrique de l’accusé, réalisée par le docteur Thierry Della est formel.

Un profil troublant

Selon le docteur, Sylvain Kereneur ne souffre d’aucune maladie mentale ou autre trouble qui pourrait altérer sa responsabilité. L'absence d’empathie de l'accusé questionne : le psychiatre évoque des "traits de personnalité perverse" pour décrire Kereneur, un homme autocentré avec "peu de prise en compte de l’impact". Au moment d'aborder la question meurtre, l’accusé avait évoqué une "bêtise" commise.

Cette absence d’empathie a également été soulignée par Stéphane Millot, l’un des directeurs d’enquête entre 2020 et 2021. Revenant sur la chronologie des faits, il a évoqué la relation tumultueuse entre Sylvain Kereneur et son ex-compagne. Selon les proches de la victime, l’accusé se montrait possessif et se livrait à des comportements maltraitants.

Selon le directeur d’enquête, l'implication de Sylvain Kereneur dans le meurtre ne fait aucun doute. Plusieurs zones d'ombre demeurent toutefois : pourquoi Sylvain Kereneur a-t-il continué à étouffer Karina Antunes Gama De Sousa après qu'elle a perdu connaissance ? Les membres de la famille ont-ils été informés au moment des faits ? Dans quelles circonstances la victime a-t-elle été tuée ? Autant de questions restées sans réponses, l’accusé ayant fait valoir son droit au silence sur ces questions.

Les différentes dépositions à la barre

Au sein de la cour d'assises, plusieurs dépositions et témoignages s'opposent, notamment ceux du père de l'accusé et de la tante de la victime. D’un côté, la tante de Karina Antunes Gama de Souza parle d’une relation "toxique et dangereuse", et note un "changement de mentalité" au moment où sa nièce a entamé une relation avec Sylvain Kereneur.

Elle explique qu’elle l’avait encouragée à porter plainte quand ce dernier l’avait giflée, mais ne l’avait pas fait car "amoureuse". Interrogée par le président de la cour sur le moment où elle a compris que Sylvain Kereneur "n'était pas quelqu'un de bien", la tante de la victime évoque une ordonnance judiciaire établie à son nom.

Celle-ci concernait une autre affaire similaire de féminicide en 2006 pour laquelle Kereneur a été mis en cause. Un dossier qui devrait être rouvert après l'identification d'un nouvel élément à charge. Interrogée sur ce que la famille attend de ce procès, la tante de la victime répond simplement qu’elle souhaite "que Sylvain puisse purger sa peine".

"Mauvaise décision"

À la barre, le père de l’accusé a livré un témoignage lourd de sens. C'est vers lui que Sylvain Kereneur s’est tourné pour avouer le meurtre le soir même des faits. Le père n’a toutefois pas immédiatement contacté les forces de l’ordre. Le père de Sylvain Kereneur se dit aujourd’hui "coupable", expliquant avoir conseillé à son fils d’attendre le lendemain avant de se rendre à la gendarmerie :

« Le lendemain, je lui ai dit que c’était aux forces de l’ordre d’effectuer leur travail et qu’on viendrait le chercher quand on aurait besoin de l’entendre ».

Interrogé sur les raisons pour lesquelles il n’a pas alerté immédiatement les forces de l’ordre, le père de l’accusé répond, avoir "pris une mauvaise décision". Il a dit croire à la thèse de l'accident, avancée par son fils :

« Bien sûr, il doit payer. Enlever la vie de quelqu’un, c’est dramatique, mais je comprends aussi qu’il ne voulait pas la tuer. Il l’aimait, ce sont les circonstances qui ont conduit à cela ».

Les familles de Karina dans l’attente de vérité

Présentes en nombre, les parties civiles (la mère, la cousine, plusieurs tantes, deux frères et le beau-père de Karina) attendaient cette audience avec une forte émotion et « beaucoup d’impatience ». Maître Mustapha Khitter, avocat au barreau de Guyane, revient sur leur état d’esprit :

« Ils sont évidemment heureux que cette audience puisse enfin se tenir. Ils déplorent toutefois que cette affaire guyanaise soit jugée en Martinique, même s’ils ont l’assurance qu’elle est traitée avec tout le sérieux nécessaire. »

Pour les parties civiles, la thèse d’un accident avancée par la défense ne tient pas. « Couper les voies respiratoires entraîne nécessairement une perte de connaissance, puis le décès. Ce qui est avancé par l’accusé ne résiste pas à l’analyse », estime l’avocat.

L’ombre de l’affaire Camila Marques Pereira

Cette audience ravive aussi le souvenir d’une autre affaire : celle de Camila Marques Pereira, retrouvée calcinée en 2006 dans une décharge à Matoury. À l’époque, Sylvain Kereneur avait été mis hors de cause, mais une éventuelle réouverture du dossier est aujourd’hui évoquée. Un élément que la défense souhaite clairement dissocier du procès en cours. Maître Boris Chong-Sit, avocat de Sylvain Kereneur, insiste :

« On ne peut pas considérer qu’il y a deux affaires Kereneur. La question de la réouverture de la première affaire n’est pas juridiquement tranchée. Nous avons obtenu quatre décisions favorables en cassation, ce qui reste l’autorité judiciaire suprême. »

Les débats se poursuivent ce mercredi matin à 8 heures, avec notamment le témoignage d’un directeur d’enquête. La cour devra ensuite se prononcer sur l’existence ou non d’une intention homicide, point central de ce procès.