Santé sexuelle en Guyane : entre retards persistants et nouvelles pratiques chez les jeunes
C’est un constat préoccupant dressé par l’Inserm et l’ANRS Maladies infectieuses : en Guyane, comme dans l’ensemble des Outre-mer, les outils de prévention restent insuffisamment utilisés.
L’usage du préservatif, pourtant essentiel dans la lutte contre les infections sexuellement transmissibles, demeure limité. Il est utilisé dans moins de 55 % des cas lors d’une nouvelle relation.
La situation est également préoccupante du côté de la vaccination. Chez les jeunes de 18 à 29 ans, moins de 30 % des femmes et moins de 20 % des hommes sont vaccinés contre les papillomavirus (HPV), des niveaux très éloignés des objectifs nationaux.

Contraception : un accès encore trop inégal
Autre difficulté majeure : le recours à la contraception. En Guyane, entre un quart et un tiers des femmes déclarent ne pas utiliser de méthode contraceptive. Chez les jeunes femmes, près de 30 % n’y ont pas recours, une situation qui contribue à un nombre important de grossesses non souhaitées. « On constate une persistance des difficultés déjà observées auparavant », explique Astrid van Melle, responsable d’études au CHU de Guyane :
« Cela montre qu’il faut poursuivre les efforts de prévention et mieux comprendre les freins à l’utilisation des moyens de protection. »
Des violences sexuelles particulièrement élevées
L’étude met également en lumière un niveau très élevé de violences sexuelles. En Guyane, près de 29 % des femmes déclarent avoir subi un viol ou une tentative de viol au cours de leur vie.
Un chiffre encore plus élevé chez les jeunes générations, traduisant à la fois une forte exposition et une libération progressive de la parole.
Des pratiques en mutation, portées par le numérique
Au-delà de ces difficultés, l’enquête révèle aussi des transformations importantes des comportements sexuels, notamment chez les jeunes Guyanais.
Le numérique joue désormais un rôle central : plus de 61 % des hommes et 37 % des femmes âgés de 18 à 29 ans déclarent avoir vécu une expérience en lien avec la sexualité via des outils numériques en 2023. « Ce sont des données inédites très intéressantes », souligne Astrid van Melle :
« Le numérique redéfinit les relations et les modes de rencontre. Cela ouvre aussi de nouvelles pistes pour la prévention, notamment sur des espaces où les acteurs de terrain sont encore peu présents. »

Une entrée dans la sexualité toujours précoce
En Guyane, l’âge du premier rapport reste plus précoce que dans les autres territoires ultramarins : 17,4 ans pour les femmes contre 15,7 ans pour les hommes.
Les jeunes générations se distinguent également par une évolution des pratiques et une plus grande diversité des orientations sexuelles, même si l’acceptation sociale reste encore limitée, précise Astrid van Melle :
« On observe des tendances différentes chez les jeunes, avec plus de partenaires déclarés et une évolution des pratiques. Des jeunes qui assument de plus en plus leur orientation sexuelle »
Poursuivre et adapter les actions de prévention
Face à ces constats, les spécialistes insistent sur la nécessité de renforcer les politiques de santé sexuelle en Guyane, en les adaptant aux réalités locales :
« Il y a déjà beaucoup d’actions sur le terrain, mais ces résultats montrent qu’il faut continuer, voire repenser certaines stratégies », conclut Astrid van Melle. « L’objectif est de mieux toucher les populations, notamment les jeunes. »
Une étude qui rappelle que, malgré les avancées, la santé sexuelle reste un enjeu majeur de santé publique en Guyane.