COP30 : les autochtones de Guyane dénoncent leur invisibilité
Le week-end a été marqué par une marche d’ampleur dans la capitale de l’Etat du Pará. Alors que la COP30 se déroule dans des espaces ultra-sécurisés, les communautés autochtones ont choisi la rue pour peser sur les discussions climatiques faute d’être réellement intégrées aux échanges officiels.
La délégation guyanaise, composée de huit personnes venues individuellement, regrette d’ailleurs une absence quasi totale de représentation collective. Parmi eux, Nicolas Chaumier, membre du peuple Téko et habitant de Camopi, déplore ce manque de visibilité :
« La délégation autochtone de Guyane n’a pas été suffisamment représentée. On a voulu marcher pour dire que nous existons, que nos peuples comptent. Mais l’État français continue de nous diviser et de faire la sourde oreille. C’est le sentiment que je ressens. »
Une Guyane frappée de plein fouet par les effets du changement climatique
Le territoire a subi des sécheresses inédites et des températures records : en 2023 puis en 2024 l’année la plus chaude depuis plus de 70 ans. Pour Nicolas Chaumier, cette réalité doit être portée devant le monde entier :
« En Guyane, nous subissons tout en même temps : érosion marine, sécheresse, inondations, orpaillage illégal, eaux contaminées, déforestation, maladie du manioc… On ne sait même plus par quel bout prendre les choses. »
© Fleuve Maroni asseché en 2024 - Radio Télé Péyi
Nicolas Chaumier souligne que les communautés qu’il a rencontré au Brésil, venues du Pérou ou de Colombie vivent des situations similaires : « Partout dans le bassin amazonien, les mêmes problèmes reviennent. On essaie donc de faire du bruit, sur les réseaux comme dans les médias, même si les médias français parlent très peu de nous, les Outre-mer et encore moins des peuples autochtones »
A Belem, les différentes délégations autochtones créent des liens, s'echangent leur contact et espère s'organiser et se fédérer pour d'autres évènements entre les différents peuples du bassin amazonien.
© Rencontre avec d'autres autochtones du Bassin Amazonien - N. Chaumier
Un constat partagé par Éric Louis, chef du peuple Kali’na de Kourou. Il cite l’exemple régulier du village de Yalimapo :
« Le mois dernier, Yalimapo a été submergé par la mer. Des habitants doivent déjà déménager. C’est une réalité que nous vivons maintenant, pas demain. »
© Erosion du littoral de Yalimapo - Radio Télé Péyi
À la COP30, les peuples autochtones relégués “à l’écart”
Pour la délégation guyanaise, la COP30 donne un sentiment amer : celui d’être tolérés, mais marginalisés. Les espaces officiels, la “zone bleue”, restent difficilement accessibles, tandis qu'un “village autochtone” a été installé loin du cœur des discussions. Le Camopien Téko y voit un mauvais signal. « Cette COP devrait nous appartenir. À la place, on nous a mis à l’écart. C’est comme si on nous disait que nous ne faisons pas partie de la décision », regrette Nicolas Chaumier.
Nicolas Chaumier, Téko de Camopi en Guyane au coeur de la mobilisation à Belem
La ratification de la Convention 169 de l’OIT par la France, une attente
Parmi les revendications portées par la délégation, une ressort clairement : la ratification par la France de la Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail, seul texte international contraignant sur les droits des peuples autochtones. Marie-José Lalsie, présidente du Secours catholique Guyane, le rappelle fermement :
« L’État français a choisi de ne pas ratifier la convention 169. Pourtant, 23 pays l’ont fait, dont 15 en Amérique latine. Ce texte reconnaît les droits collectifs des peuples indigènes à leurs terres. La France le juge anticonstitutionnel et nous en payons le prix. »
À Belém, les Guyanais présents ont voulu rappeler que sans les peuples autochtones, il n’y aura pas de protection durable de l’Amazonie. Malgré une visibilité limitée, ils espère à travers l’évènement alerter à l’échelle mondiale comme le résume Nicolas Chaumier :
« On essaie de se faire entendre. Même si c’est difficile, on continue. Parce que personne ne défendra notre forêt à notre place. »