Orpaillage légal : restaurer les sols, un défi encore difficile en Guyane
Les exploitations aurifères légales sont soumises à des obligations strictes de réhabilitation après leur fermeture selon Code minier en France. Remodelage du terrain, remise en état des cours d’eau et replantation d’arbres font notamment partie des mesures prévues. Ces interventions permettent de réduire rapidement l’érosion : elle est divisée par trois en six mois et devient presque nulle après trois ans.
Mais cette stabilisation ne signifie pas pour autant que les sols vont retrouvé leur état naturel, souligne Naomi Nitschke, géochimiste au BRGM.
« Ces techniques, si elles limitent l’érosion des sols, ne suffisent pas à relancer toutes leurs fonctions biologiques »
Des sols encore très appauvris
L’extraction de l’or nécessite de retirer la couche supérieure du sol, ce qui bouleverse sa structure et l’expose davantage aux intempéries. Les particules peuvent alors être entraînées vers les rivières, avec des conséquences à long terme sur les écosystèmes aquatiques.
Les suivis réalisés sur plusieurs années montrent que certains indicateurs de la qualité des sols restent très inférieurs à ceux observés dans la forêt voisine. « Une couverture superficielle de plantes herbacées n’est pas suffisante pour permettre une réhabilitation efficace d’un site », estime la géochimiste. L’objectif reste de permettre le passage progressif vers une véritable forêt secondaire.
L’espoir d’une recolonisation naturelle
Des signes encourageants sont toutefois observés en périphérie des sites exploités. Les sols y présentent davantage de carbone et d’azote qu’au centre, probablement grâce à l’arrivée de matière organique, de microorganismes et de graines provenant de la forêt voisine. Cet « effet lisière » pourrait favoriser une recolonisation progressive des zones dégradées.
Pour Naomi Nitschke, les normes actuelles atteignent globalement leur objectif de réduction des rejets de particules vers les rivières. Mais la prochaine étape consiste à restaurer véritablement les fonctions du sol. Des solutions existent déjà, notamment l’utilisation de plants inoculés avec des bactéries capables de fixer l’azote, afin de faciliter la revégétalisation et le retour progressif de la forêt.