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Justice : le “troisième tour” des municipales est lancé devant la justice à Saül, Roura, Apatou et Papaïchton

Après le premier tour des élections municipales, plusieurs candidats battus contestent les résultats devant le tribunal administratif de Cayenne. Inscriptions jugées suspectes, professions de foi absentes ou procurations contestées : les recours se multiplient à quelques heures de la clôture officielle.

  • Par: adminradio
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Le “troisième tour” des municipales a bel et bien commencé en Guyane. À Saül, Roura, Apatou et Papaïchton, des recours ont été déposés devant le tribunal administratif de Cayenne. Les candidats disposent jusqu’à ce vendredi 20 mars à 18 heures pour contester les résultats du premier tour.

À Saül, un scrutin serré contesté

À Saül, Tracy Timane, ancienne deuxième adjointe au maire, a saisi la justice pour demander l’annulation du scrutin. Elle pointe plusieurs irrégularités, notamment l’inscription d’une vingtaine de nouveaux électeurs en décembre 2025. Lors du premier tour, la candidate a obtenu 56 voix, contre 59 voix pour la liste adverse, dans un scrutin particulièrement serré.

On est allé jusqu’à vingt personnes inscrites d’un coup. C’est la première fois que ça se fait sur la commune de Saül”, affirme-t-elle. Selon la candidate, certaines de ces inscriptions seraient liées à des attributions de terrains intervenues juste avant.

Elle s’interroge aussi sur leur impact électoral : “Je n’ai jamais vu ces personnes avant le jour du vote. Si j’avais pu les rencontrer, ça aurait pu peut-être changer les choses.

Dans une commune qui compte 133 inscrits pour 115 votants, la question du poids des électeurs non résidents est centrale, selon l’ex candidate saülienne. “On ne peut pas demander à des personnes qui ne vivent pas sur place d’influencer le choix de ceux qui y vivent toute l’année”, estime Tracy Timane, qui revendique malgré tout une progression de son score : “Je n’ai pas perdu car j’ai gagné la confiance des Saüliens. Ce que je demande, c’est que ce soit respecté.

À Roura, professions de foi et procurations contestées

À Roura, Karen Ho-Tin-Noé (23,26 %) a déposé un recours contre l’élection de David Riché, élu dès le premier tour avec 52,24 % des voix.

La candidate dénonce notamment l’absence de distribution de sa profession de foi, liée à une défaillance de l’imprimeur, ainsi que des procurations qui n’auraient pas été prises en compte le jour du scrutin : 

" Dans certaines situations, ne rien faire serait accepter. Et accepter, ce serait laisser s'installer une version incomplète de ce qui s'est réellement passé. Ce recours n'est pas un combat contre quelqu'un. C'est un acte pour la clarté, pour le respect de chaque voix, chaque intention, pour la confiance dans notre vie démocratique", explique Karen Ho-Tin-Hoe. 

Apatou et Papaïchton : des résultats sans appel et pourtant contestés

Sur le Haut-Maroni, les contestations prennent une autre ampleur. À Apatou, la liste de Paul Dolianki a recueilli 32,72 % des voix, loin derrière celle du maire sortant Moïse Edwin, élu dès le premier tour avec 64,82 %. À Papaïchton, Richard Lobi a obtenu 34,2 % des suffrages, contre 65,8 % pour Jules Deie, également élu dès le premier tour. Malgré ces écarts, plusieurs recours ont été engagés.

Il y aurait manipulation massive des inscriptions sur les listes électorales”, affirme Me Olivier Taoumi, avocat des requérants. Selon lui, jusqu’à 25 % de nouvelles inscriptions auraient été enregistrées à Apatou, et 10 % à Papaïchton.

À Apatou, 577 électeurs auraient été inscrits en seulement trois mois, entre décembre 2025 et février 2026, parfois au-delà de la date limite officielle, selon l’avocat.

À Papaïchton, d’autres anomalies sont évoquées : “J’ai sept inscriptions récentes à la même adresse en même temps”, indique l’avocat, qui dénonce également la présence de candidats qui seraient “hors sol”, sans lien avec la commune. “Des candidats sur des listes n’habiteraient pas la commune mais Macouria

Paul Dolianki 

Des procédures administratives et même pénales

Face à ces soupçons, Me Taoumi annonce une double stratégie : “Toute manipulation de la liste électorale constitue une irrégularité, mais aussi un délit. Je saisis donc à la fois le tribunal administratif et le procureur de la République.

Certaines irrégularités pourraient aller jusqu’à entraîner l’annulation pure et simple des scrutins concernés. À quelques heures de la clôture des dépôts de recours, l’issue de ces municipales reste incertaine dans plusieurs communes de Guyane. Le tribunal administratif de Cayenne devra désormais trancher, dans ce qui s’annonce comme un “troisième tour” décisif.