L'acoupa rouge, victime de surpêche : va-t-on vers une restriction ?
Les réserves d'acoupa rouge s'amenuisent d'année en année met en garde l’IFREMER. « Le stock est dit en état de surpêche du fait de la pêche illégale » déclare Fabian Blanchard, délégué régional de l’IFREMER en Guyane.
Classée vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) depuis 2021, l’espèce pourrait franchir un nouveau seuil et être reclassée « en danger » au regard des données disponibles.
L’acoupa rouge, jusqu'alors abondant dans les eaux guyanaises, pourrait être classée sur une liste d'espèces en danger. Ce qui actuellement n'est pas le cas, mais c'est une option si cette pêche illégale maintient la pression, les pêcheurs guyanais en feraient les frais. Si l'acoupa rouge est très apprécié dans nos assiettes en Guyane, il l'est de plus en plus convoité vers les marchés asiatiques.
L'impact de cette pêche illégale est difficile à quantifier avec précision, mais les données permettent tout de même de démontrer les dégâts qu'elle occasionne explique Fabian Blanchard, délégué régional de l'Ifremer en Guyane :
« Sur les dernières années, la production d'acoupa rouge était d’environ 700 tonnes La pêche illégale d'origine étrangère est estimée entre 500 à 3 000 tonnes. Les chiffres ne peuvent pas être exacts par manque de données précises.»
En effet, l’absence d’observatoire de la pêche illégale rend la récupération de données difficile. Ainsi les données sont issues des opérations de contrôle de l’action de l’Etat en mer qui ne sont donc pas liées à un échantillonnage scientifique puisqu’il s’agit uniquement d’opérations de contrôle aléatoires.
© Gendarmerie de Guyane
Un impact sur la pêche locale
Cette raréfaction de la ressource a un impact sur la pêche locale, rappelle Léonard Raghnauth, président du Comité régional des pêches maritimes de Guyane :
« On a beaucoup plus de mal à pêcher les mêmes quantités qu'auparavant, mais la raison est toute simple : ce n’est pas parce que la ressource n'est plus là, c'est parce qu'on récupère des miettes. Nous, on prélève à peu près 30 à 40 % du stock. Les 60 % sont prélevés par la pêche illégale. »
Pour Tony Nalovic, ingénieur halieutique au Comité régional des pêches et représentant FishingCleaner, structure d'études et de protection des espèces locales, dont l’acoupa rouge, il n'y a pas de doute, les quantités baissent :
« La longueur des filets ne fait qu'augmenter, la taille des mailles ne fait que diminuer. La durée des campagnes en mer ne fait qu'augmenter. La taille des poissons ne fait que baisser. On n'a aucun indicateur qui indique qu'on va dans le bon sens. »
© A.BeharyLS - Radio Télé Péyi
Autre inquiétude, cette fois au niveau politique européenne.
La filière craint que les pêcheurs guyanais subissent des décisions “approximatives” venues de l'Union Européenne. Selon le Comité des pêches, Bruxelles ne différencie pas les quantités de poissons pêchées légalement et celles qui le sont illégalement. En effet, l'Europe tient compte que de l’état de la ressource indifféremment du type de pêche. Or l’état de la ressource n'est pas la seule qui permette l’établissement d’une sanction ou d’un accompagnement. La pêche clandestine au large de la Guyane est pourtant évaluée indique Léonard Raghnauth :
« On l'a montré dans notre rapport pêche INN (ndlr : pêches illicites, non-déclarées et non réglementées) en 2024. C'est bien la pêche illégale qui prélève plus, quatre fois plus, que la pêche légale depuis 2012. Aujourd'hui, les rapports que nous avons établis le prouvent : la pêche pirate prélève trop. »
© V.Zammit - Radio Télé Péyi
La pêche illégale soulève des préoccupations et une tension sur la ressource tout en questionnant la souveraineté de l’Etat Français sur les eaux territoriales de Guyane. Le président du comité appelle donc l’Etat à améliorer les actions et à redoubler d’effort pour lutter contre cette pêche illégale. « J'ai bien peur qu'un jour, et ça on n'est pas à l'abri, j'ose le dire, que les pêcheurs prennent les armes. », conclut-il.