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Hydrocarbures : une proposition de loi pour la lever de l’interdiction d’exploitation d’hydrocarbure

Le sénateur de Guyane Georges Patient souhaite lever l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en Guyane et dans les Outre-mer. Il déposera une proposition de loi le 29 janvier au Sénat afin d’introduire une dérogation à la loi Hulot de 2017, estimant que cette interdiction freine le développement économique du territoire.

  • Par: adminradio
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Alors que la France a interdit toute nouvelle exploration d’hydrocarbures depuis la loi Hulot de 2017, la question refait surface en Guyane. L’exploitation d’hydrocarbure en Guyane avait soulevé des avis contrastés l’année dernière, quand l’ancien ministre des Outre-mer, Manuel Valls avait déclaré « vouloir ouvrir le débat ».

En cause : le contraste saisissant avec les pays voisins. Le Guyana connaît un essor économique spectaculaire grâce au pétrole offshore, tandis que le Suriname s’apprête à suivre la même trajectoire.

Pour de nombreux élus locaux, cette situation alimente un sentiment d’injustice. Pourquoi la Guyane française, située sur le même plateau géologique, devrait-elle rester à l’écart de cette manne économique ?

Un potentiel incertain mais un débat assumé

L’histoire pétrolière de la Guyane reste pourtant marquée par des déconvenues. Depuis les années 1970, plusieurs campagnes d’exploration n’ont pas permis de confirmer un potentiel exploitable. En 2019, TotalEnergies a abandonné ses recherches. Son PDG, Patrick Pouyanné, affirmait alors : « Il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane ».

Mais pour Georges Patient, l’interdiction actuelle empêche même de vérifier réellement ce potentiel. Dans une lettre adressée début janvier au Premier ministre, il précise que sa démarche ne remet pas en cause les engagements climatiques de la France ni la transition écologique.

Une dérogation à la loi Hulot pour les Outre-mer

Le sénateur présentera sa proposition de loi le 29 janvier au Sénat. Il souhaite permettre aux territoires ultramarins, et notamment à la Guyane, de déroger à l’interdiction nationale :

« La Guyane doit assurer son développement, aller vers un développement endogène et utiliser ses propres ressources. S’il y a du pétrole parmi ces ressources, il n’y a aucune raison de ne pas chercher à connaître ce potentiel et, si nécessaire, de l’exploiter »

Georges Patient rappelle s’être opposé dès 2017 à cette loi qu’il juge inadaptée aux réalités ultramarines. « Cette loi a été prise de façon uniforme, sans tenir compte des Outre-mer, alors même que le Conseil d’État avait alerté sur ce point. Aujourd’hui, la Guyane se retrouve bloquée. »

Georges Patient - Sénateur de Guyane © Radio Télé Péyi 

Pour le sénateur, l’exploitation des hydrocarbures pourrait constituer un levier de développement face à la précarité persistante du territoire :

« Plus de la moitié de la population guyanaise vit dans une situation de précarité. Il est normal que nous cherchions à exploiter nos ressources au bénéfice de nos populations, notamment pour l’emploi et l’avenir des jeunes ».

Il souligne également une forme de contradiction. « La France importe du pétrole qu’elle ne produit pas, parfois depuis des pays où les normes environnementales sont moins strictes. Or, le plateau des Guyanes est le même. Les roches mères sont les mêmes. »

Quelles garanties environnementales ? Que faire de la transition énergétique voulue par le gouvernement et l’Europe ?

Conscient des inquiétudes environnementales, Georges Patient assure que toute exploitation serait strictement encadrée. « Il existe toujours des risques, mais les techniques ont évolué et les protections sont renforcées. Tout serait fait dans le respect du code minier et du code de l’environnement, avec éventuellement des garanties supplémentaires », assure-t-il.

Selon lui, même si la compétence d’autorisation revenait à la Collectivité territoriale de Guyane, l’État conserverait un rôle central de contrôle : « Le pétrole produit en Guyane le serait avec des garanties environnementales supérieures à celles pratiquées dans d’autres pays. Et pourtant, c’est ce pétrole que la France achète aujourd’hui. »

La proposition de loi, attendue au Sénat fin janvier, promet de relancer un débat sensible, à la croisée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, et pourrait raviver les tensions entre transition écologique nationale et aspirations au développement des territoires ultramarins.