themes/default/item_post.html.twig

Le syndicat des transporteurs fluviaux renaît pour défendre un secteur essentiel

« Sans piroguiers, le Maroni s'arrête » : le syndicat des transporteurs fluviaux reprend la barre. Après plusieurs années d'inactivité, les professionnels du fleuve ont élu Madeleine Akatia, présidente du syndicat des transporteurs fluviaux. Elle souhaite faire reconnaître un métier indispensable à la vie des communes de l'intérieur.

  • Par: adminradio
  • Date:

Transport scolaire, déplacement des habitants, approvisionnement des villages, transport de marchandises : chaque jour, les piroguiers assurent une mission essentielle sur les fleuves de Guyane. 

Pourtant, la profession reste largement informelle et insuffisamment reconnue. Réuni cette semaine, le Syndicat des transporteurs fluviaux de Guyane a officiellement relancé ses activités et élu à sa tête Madeleine Akatia. Sa priorité : structurer une filière jugée indispensable à la continuité territoriale mais encore dépourvue d'un véritable cadre réglementaire.

« Si les piroguiers s'arrêtent, cinq communes sont bloquées »

Pour la nouvelle présidente, l'enjeu dépasse largement la seule défense d'une profession. Le transport fluvial demeure aujourd'hui la principale voie de déplacement pour plusieurs communes de l'intérieur et constitue un maillon essentiel du transport scolaire. « Aujourd'hui, s'il n'y a plus de piroguiers, les cinq communes du Maroni sont bloquées. »

Elle rappelle également que plus de 5 000 élèves empruntent quotidiennement les transports scolaires fluviaux entre le Maroni et l'Oyapock.

« Le métier de piroguier est indispensable. Sans lui, une partie de la Guyane ne fonctionne tout simplement plus. »

Une nouvelle présidente pour relancer une profession en quête de reconnaissance

À l'unanimité, les membres du conseil d'administration ont porté Madeleine Akatia à la présidence du syndicat pour les trois prochaines années. Dirigeante d'une entreprise de transport scolaire fluvial à Apatou depuis 2011 et ancienne coordinatrice du collectif des transporteurs du Maroni, elle connaît parfaitement les difficultés du secteur. Selon elle, les professionnels naviguent aujourd'hui dans un vide juridique et administratif qui fragilise toute la filière : 

« Actuellement, la filière du transport fluvial en Guyane n'est pas structurée. Nos fleuves sont navigués, mais dits non navigables. Cela signifie que nous, entrepreneurs, travaillons à nos risques et périls. »

La question des assurances illustre cette situation paradoxale. « Aucune structure d'assurance en Guyane ne nous assure. Nous sommes obligés de passer par des compagnies de l’Hexagone qui rappellent que les fleuves guyanais sont considérés comme non navigables. Dès qu'il y a des pertes, cela reste à notre charge », rappelle Madelein Akatia

Faire des fleuves de véritables infrastructures territoriales

Pour accompagner cette relance, le syndicat s'appuie sur un livre blanc élaboré par l'avocate Hélène Sirder. Le document propose plusieurs pistes pour mieux intégrer le transport fluvial dans les politiques publiques. L'une des principales recommandations consiste à reconnaître officiellement les fleuves comme des infrastructures essentielles au fonctionnement du territoire. Cette reconnaissance permettrait selon elle de planifier des investissements durables, selon Me Sirder. 

« Ce ne sont pas seulement des voies de circulation. Ce sont des infrastructures qui assurent la continuité territoriale. Il faut prévoir des débarcadères publics, des zones d'attente sécurisées, des dispositifs de secours et une meilleure information des usagers. »

Au-delà des infrastructures, l'avocate plaide également pour une reconnaissance du savoir-faire des piroguiers.

« C'est une profession qui n'est pas prise en compte, qui reste informelle et qu'il faut aujourd'hui structurer et faire reconnaître. »

Former les futurs piroguiers

Le syndicat soutient également le principe du décret préfectoral du 15 janvier 2025 qui impose davantage de qualifications aux professionnels du transport fluvial. Mais encore faut-il disposer des outils nécessaires pour appliquer cette réglementation, regrette Madeleine Akatia.

« Nous sommes d'accord pour que les piroguiers soient diplômés et qualifiés. Le problème, c'est qu'il n'existe aujourd'hui aucune structure de formation en Guyane. Nous devons donc travailler en ce sens »

Parmi les revendications figure ainsi la création d'une école dédiée aux métiers du transport fluvial. En attendant, le syndicat souhaite mettre en place des dispositifs de validation des acquis de l'expérience afin de reconnaître les compétences transmises depuis plusieurs générations. « C'est un métier qui se transmet de famille en famille. Il faut pouvoir reconnaître cette expérience », conclut Madeleine Akatia.