Politique

Conférence des RUP : 30 ans après, le même combat face à l’Europe

Éloignées géographiquement, mais confrontées aux mêmes difficultés. Du 4 au 6 novembre, la Guadeloupe a accueilli la 30e Conférence des présidents des régions ultrapériphériques (RUP) de l'Union européenne. Réunis à Sainte-Anne, les présidents des neuf territoires, de la Guyane aux Canaries en passant par La Réunion et les Açores, ont adopté une déclaration commune pour exiger de Bruxelles une meilleure prise en compte de leurs réalités, à l'heure où se négocie le futur budget européen.

Par La rédaction PÉYI · 07/11/2026

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Cette édition avait une portée symbolique : elle marquait les 30 ans de la première conférence des présidents des RUP, organisée en 1995. Les délégations ont d'abord visité le Grand Port Maritime de Guadeloupe, mercredi. Jeudi, à l'espace régional du Raizet, elles ont rencontré les acteurs politiques et économiques guadeloupéens et les représentants des institutions européennes. Les présidents des RUP françaises se sont aussi entretenus avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, en déplacement en Guadeloupe, pour qu'elle porte une voix commune auprès de Bruxelles.

Vendredi, à l'hôtel La Toubana, à Sainte-Anne, se sont tenues une session partenariale, puis une session internationale. Elle était ouverte par Raffaele Fitto, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la cohésion, en présence notamment de représentants du Cap-Vert, de la Commission de l'océan Indien et de l'Organisation des États de la Caraïbe orientale. La conférence s'est achevée sur le futur cadre financier de l'Union pour 2028-2034, avec en tête des préoccupations le POSEI, le programme d'aides aux agriculteurs des RUP.

Au cœur des débats, l'article 349 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, qui reconnaît la nécessité d'adapter les politiques européennes aux réalités de ces territoires. La déclaration finale, adoptée par les neuf présidents, demande que cet article soit pleinement appliqué. La Guadeloupe, qui présidait la conférence, a cédé la présidence tournante à Madère.

Les Jeunes Agriculteurs de Guadeloupe claquent la porte

La conférence ne s'est pas déroulée sans heurts. Jeudi, au Raizet, alors que les présidents discutaient des aides européennes à l'agriculture, les Jeunes Agriculteurs de Guadeloupe ont quitté la salle. Ils reprochent aux élus de présenter une nouvelle stratégie alors que le dispositif actuel ne fonctionne pas. « Cela fait quatre ans que les fonds sont bloqués, nous avons des agriculteurs qui abandonnent ! Vous êtes peut-être devant les derniers agriculteurs de Guadeloupe », a lancé Yannick Kindeur, président du syndicat, selon Karibinfo.

La Région Guadeloupe de son côté assure vouloir raccourcir les délais d'instruction des dossiers, qui retardent le versement des aides. 

La conférence s'est aussi tenue dans un climat social tendu, alors que le collectif Nou Las Palé multiplie les blocages en Guadeloupe notamment à Jarry près de la raffinerie de la SARA pour dénoncer la vie chère. En marge de sa visite, la ministre des Outre-mer s'est engagée à recevoir ses représentants.

« Il faut que l'on nous suive »

Pour Huguette Bello, présidente de la Région Réunion, l'unité des neuf territoires est une force. Vie chère, logement, infrastructures : les problèmes sont communs. Elle insiste aussi sur l'enjeu géostratégique :

« Il y a une unité avec les neuf présidents des régions ultrapériphériques. Il y a les mêmes revendications, et il faut que la Commission, Madame von der Leyen, nous écoute. Dans le monde dangereux que nous vivons, l'Europe doit aussi s'occuper des régions ultrapériphériques. » a-t-elle déclaré au micro de RCI Guadeloupe. 

Le président de la Région Guadeloupe, Ary Chalus, a mis en avant la position maritime de l'archipel. Il regrette cependant que les RUP françaises soient moins soutenues que leurs voisines. « Ces territoires sont mieux défendus par leurs ministres que nous », observe-t-il, évoquant une réunion à Bruxelles en juin où « les ministres portugais et espagnols sont restés travailler avec nous, et le ministre français est parti ». Il s'inquiète aussi d'une présidence de Madère qui coïncidera avec l'élection présidentielle française. Et rappelle l'intérêt d'autres puissances pour la région : « Si aujourd'hui les Chinois ont dépensé plus de 10 milliards dans la Caraïbe, ce n'est pas pour rien. »

La Guyane exige l'application du droit européen


La Guyane était représentée par Thibault Lechat-Vega, premier vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane. 

« Cette conférence, c'est la grande messe du lobbying de nos territoires au niveau européen. Ensemble, nous sommes plus forts », a-t-il expliqué à Outremers360.

Rapporteur pour le Comité européen des régions sur la nouvelle stratégie de la Commission pour les RUP, il salue un texte « très ambitieux », qui propose pour la première fois d'adapter la réglementation aux réalités des territoires. Mais il appelle à passer aux actes, alors que se négocie le futur budget européen. 

« Pour l'instant, le compte n'y est absolument pas », prévient-il. Selon lui, le projet de budget de la Commission « efface une grande partie des dispositifs spécifiques », comme le POSEI, destinés à compenser le retard de développement de ces territoires.

L'élu guyanais se dit toutefois confiant, en s'appuyant sur les soutiens obtenus au Parlement européen et auprès de la France, de l'Espagne et du Portugal. « C'est une grosse bataille, et ce sera aussi une belle victoire », assure-t-il. Il voit dans la déclaration finale un texte « presque inédit », qui met l'Union face à ses contradictions : 

« Nous ne demandons pas des faveurs, nous demandons simplement que le droit européen soit appliqué. On ne quémande pas l'application du droit, on l'exige. »


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