Grève à la SGDE : la justice ordonne la levée des blocages
Saisi par la Société guyanaise des eaux, le juge des référés du tribunal judiciaire de Cayenne a ordonné la levée de tous les blocages mis en place par les grévistes de l'UTG sur les sites de l'entreprise, sous peine d'astreinte. Les accès ont depuis été libérés. Mais le conflit, engagé le 19 octobre, est loin d'être réglé : la SGDE demande désormais une médiation de l'État, tandis que dans l'Ouest, les grévistes ont cessé d'assurer les astreintes. En parallèle, l'enquête sur les soupçons de sabotage du réseau se poursuit.
Par La rédaction PÉYI · 07/11/2026

Depuis le début de la grève, des camions bloquaient plusieurs sites de la SGDE, notamment le siège social, route de Montabo, et l'agence d'accueil du public, route de Baduel, à Cayenne. L'entreprise a donc saisi le juge des référés, la procédure d'urgence du tribunal judiciaire.
Le juge a ordonné au syndicat, aux grévistes visés et à toute personne agissant pour leur compte de faire cesser toute obstruction sur l'ensemble des sites et lieux de travail de la SGDE, si besoin avec le recours aux forces de l'ordre.
Toute infraction constatée sera sanctionnée d'une astreinte de 600 euros, « par contravention, par jour et par personne », précise Me Patrick Lingibé, avocat de la SGDE. Cette pénalité s'applique à compter de la décision, sans effet rétroactif. Les grévistes doivent aussi restituer les clés du camion hydrocureur et de la mini-pelle utilisés pour bloquer les sites. Ces mesures sont valables trois mois, soit jusqu'au 8 février 2027.

Selon l'avocat, les véhicules qui bloquaient les accès ont été retirés dans les heures suivant l'audience. Pour la SGDE, l'enjeu était de pouvoir intervenir sur le réseau :
« Quand il y a eu la grande panne, la SGDE n'a pas pu intervenir comme il le fallait, puisque certains des véhicules étaient bloqués », explique Me Lingibé.
Soupçons de sabotage : l'enquête est en cours
Une autre procédure, au pénale cette fois, est toujours en cours. La SGDE a porté plainte contre X pour des actes malveillants sur son réseau de distribution, après les coupures d'eau qui ont privé des milliers d'habitants de la CACL d'eau et contraint l'hôpital de Cayenne à déclencher un plan blanc fin octobre. L'entreprise affirme que des vannes ont été volontairement fermées.
« Pour l'instant, je pense qu'il y a une enquête », indique Me Patrick Lingibé, sans date de jugement connue. L'avocat estime que ces manipulations supposaient des connaissances techniques : « Ni vous ni moi ne pourrions faire ce qui a été fait. » À ce stade, aucun auteur n'a été identifié. L'UTG, de son côté, a toujours démenti toute implication dans ces coupures.
La grève continue… la SGDE demande une médiation de l'État
Après 13 réunions de négociation sans accord, la SGDE a demandé ce vendredi 6 novembre l'ouverture d'une médiation légale auprès des services de l'État. L'entreprise avait déjà proposé, le 30 octobre, une conciliation, refusée par l'UTG.
Dans un communiqué, la direction met en avant ses propositions, dont le recrutement de 19 personnes, soit plus de 10 % de ses effectifs, avec deux premières embauches cette semaine. Elle affirme en revanche que satisfaire l'ensemble des revendications coûterait trois fois son résultat annuel et remettrait en cause sa viabilité. Cela représenterait, selon elle, l'équivalent de 40 euros d'augmentation de la facture d'eau par foyer et par an. La SGDE dit aussi investir 7,7 millions d'euros par an dans ses usines et ses réseaux, et avoir renouvelé ses véhicules et ses engins, d'un âge moyen inférieur à deux ans.
L'entreprise se dit « pleinement disponible pour poursuivre les négociations ». Elle précise que des experts nationaux du groupe Suez sont venus renforcer ses équipes locales.
Plus d'astreintes dans l'Ouest
De leur côté, les grévistes durcissent le ton. Dans un communiqué adressé à la population de l'Ouest guyanais, les salariés grévistes du secteur ont annoncé se retirer complètement du dispositif d'astreinte depuis ce vendredi 6 novembre à 7 heures. Aucune intervention ne sera assurée, « de jour comme de nuit, en semaine comme le week-end ».

Le syndicat s'appuie sur le Code du travail, selon lequel la grève suspend le contrat de travail, et donc les obligations d'astreinte.
« Nous mesurons les conséquences de cette décision pour les usagers et nous les regrettons. Mais la responsabilité en incombe à ceux qui ont ignoré nos demandes », écrit l'UTG-SGDE, qui appelle la direction et les autorités à ouvrir « sans délai de véritables négociations ». Tant que des engagements clairs et écrits ne seront pas pris, sa décision reste inchangée.





