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Prévention du suicide en Guyane : « Changer le discours » pour mieux libérer la parole

À Cayenne, l’association Nikomu a organisé hier une journée de sensibilisation autour de la prévention du suicide. Échanges, témoignages, projections, ateliers et concerts se sont succédé de 9 heures à 20 heures à l’Accordeur. Une journée destinée à briser le silence, mieux repérer les situations de souffrance et réfléchir à une prévention adaptée aux différentes réalités de la Guyane.

Par Florian Royer · 11/09/2026

© Radio Télé Péyi
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Le suicide reste un sujet difficile à aborder. À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, l’association Nikomu a choisi de placer la parole au cœur de cette journée, autour du thème « Changer le discours ».

Professionnels, artistes, militants et membres du public ont pu échanger sur les situations de mal-être et les moyens de mieux accompagner les personnes en souffrance.

Ancienne infirmière scolaire, Cathy Malherbe a notamment témoigné de son expérience auprès de jeunes confrontés à des pensées suicidaires ou à des comportements de scarification : 

« J'ai été beaucoup confrontée à des jeunes qui ont fait des tentatives de suicide, qui se scarifient. Mais ce geste n'était pas compris, c'était vu juste comme une bêtise, donc un geste parfois banalisé. »

Pour elle, ces comportements peuvent aussi traduire un besoin de reprendre le contrôle lorsque le jeune a le sentiment de ne plus avoir de prise sur son environnement. « La scarification, certes, c'est de la souffrance, mais c'est aussi inconsciemment une manifestation d'avoir besoin de retrouver le pouvoir sur soi. »

Une prévention qui doit s'adapter aux communautés

Pour Ori Shajkit Malherbe, militant d'écologie décoloniale et participant aux ateliers, la prévention ne peut pas être pensée de manière uniforme en Guyane. Le projet porté par plusieurs associations doit progressivement aller à la rencontre des différentes communautés et des habitants, avec une approche fondée sur l'écoute : 

« Il ne faut pas imposer notre vision quand on va dans les différents villages ou les différents lieux. Il faut être vraiment à l'écoute des gens, travailler en amont avec les locaux. »

Un travail de longue haleine, selon lui, compte tenu de la sensibilité du sujet. « Il ne faut pas aller vers les gens en tant que sachant, mais venir en tant que collaborateur, accompagnateur pour ce type de projet. »

Le Djokan comme outil d'apaisement

La journée a également laissé une place aux pratiques artistiques et culturelles. Yannick Théolade, fondateur du Djokan, art martial afro-amazonien, est venu proposer une démonstration et un voyage sonore.

Il estime que cette pratique peut contribuer à restaurer la confiance et le lien avec soi-même, sans pour autant se substituer à un accompagnement médical ou psychologique. À travers le mouvement et le travail autour du corps, l'objectif est notamment de permettre aux participants de renouer avec leurs sensations et leurs émotions explique Yannick Théolade :

« Le Djokan permet, en tout cas, contribue à redonner confiance, à redonner cet alignement avec soi.  Tout passe par le corps, même les sentiments, les émotions. »

Un projet appelé à se poursuivre sur le territoire

Cette journée organisée à Cayenne constitue le point de départ d'un projet itinérant de sensibilisation à la prévention du suicide en Guyane.

L'ambition est désormais d'aller à la rencontre des populations dans les différents territoires, en prenant en compte leurs réalités culturelles et sociales. Une démarche qui vise avant tout à libérer la parole, repérer plus tôt les situations de souffrance et favoriser l'accompagnement des personnes en difficulté.

En cas de détetresse ou d'inquiétude pour un proche, le 31 14, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

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