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Interpellations d’agriculteurs : Jean-Yves Tarcy dénonce une répression disproportionnée

Plusieurs agriculteurs dont des ultramarins ont été interpellés à Paris lors d’une manifestation devant le ministère de l’Agriculture. Parmi eux, Jean-Yves Tarcy, président de la Chambre d’agriculture de Guyane et du syndicat Grage. Placé en garde à vue avec une cinquantaine de militants, il revient sur une mobilisation qu’il juge légitime sur les revendications portées pour l’agriculture ultramarine.

  • Par: adminradio
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Les faits se sont déroulés mercredi soir lors d’une mobilisation d’agriculteurs, venus dénoncer la politique agricole du gouvernement. Plusieurs manifestants sont parvenus à entrer dans une annexe du ministère de l’Agriculture avant d’être interpellés par les forces de l’ordre. Au total, plus de cinquante personnes ont été placées en garde à vue, dont plusieurs représentants ultramarins.

Parmi eux figurait Jean-Yves Tarcy, président de la Chambre d’agriculture de Guyane et du syndicat Grage. Les revendications portaient notamment sur l’opposition à l’accord UE-Mercosur et sur une meilleure répartition des aides agricoles, jugées inéquitables pour les territoires d’outre-mer.

Une vague de soutien en Guyane

Cette interpellation a suscité de nombreuses réactions en Guyane. Élus, partis politiques et organisations syndicales locales ont rapidement dénoncé la garde à vue et demandé la libération immédiate du président de la Chambre d’agriculture. Jean-Yves Tarcy dit avoir été profondément marqué par cet élan de solidarité :

« Je remercie vraiment l’ensemble de la population guyanaise qui s’est mobilisée en moins de 24 heures. J’ai reçu beaucoup de messages de soutien, de la famille, des élus, des citoyens. On a senti une vraie unité guyanaise dans ces moments-là. »

« Une réaction surdimensionnée face à des revendications légitimes »

Pour le président du syndicat agricole Grage, la réponse des autorités a été excessive au regard de la mobilisation menée. « On ne s’attendait pas à ce genre de réaction, à une telle répression envers des paysans qui manifestent pour des revendications légitimes. Il y a eu un excès de zèle, une réaction disproportionnée ». Il insiste sur le caractère pacifique de l’action :

« Il n’y a eu aucune dégradation. Il s’agissait simplement d’exprimer un ras-le-bol et de se faire entendre par le ministère et le gouvernement. »

POSEI, aides agricoles et inégalités territoriales

Au cœur du mouvement, la question de la répartition des aides, notamment du dispositif POSEI. Le POSEI, Programme d’Options Spécifiques à l’Éloignement et à l’Insularité est un dispositif de l’Union européenne créé pour soutenir l’agriculture dans les régions ultrapériphériques (RUP), comme la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, Mayotte, La Réunion, mais aussi les Açores, Madère et les Canaries. Jean-Yves Tarcy dénonce de fortes disparités entre territoires :

« Quand on voit certaines filières comme la canne ou la banane en Martinique, avec plus de 100 millions d’euros par an concentrés sur quelques groupes, et qu’en Guyane ou à Mayotte on reste très en arrière-plan, il y a un vrai problème d’équité. »

Il rappelle que ces aides sont censées compenser l’éloignement et les surcoûts de production. « Avec l’augmentation des intrants, la Guyane a grandement besoin de ces soutiens. On multiple les réunions, les feuilles de route, les discours sur la souveraineté alimentaire, mais sur le terrain, on a le sentiment de tourner en rond. », déplore-t-il.

Une garde à vue sans suite et un combat maintenu

La procédure judiciaire a finalement été classée sans suite. Une expérience toutefois marquante pour le responsable agricole. « C’est une première pour moi et 52 paysans placés en garde à vue d’un coup, ça ne s’est jamais vu dans l’histoire syndicale agricole. » Malgré la fatigue, Jean-Yves Tarcy affirme vouloir poursuivre son engagement :

« Le combat continue », assure-t-il. « Nous portons les revendications des outre-mer et en particulier celles de la Guyane, qui a besoin d’un véritable soutien pour développer son agriculture et assurer sa souveraineté alimentaire. »

Il rappelle également qu’Irina Bernard, deuxième vice-présidente de la Chambre d’agriculture de Guyane, a elle aussi été placée en garde à vue lors de cette mobilisation.