La SAFER Guyane interpelle l’État sur ses engagements financiers
Lors de son déplacement en Guyane en mars 2024, Emmanuel Macron s’était engagé à soutenir financièrement la SAFER Guyane afin d’accompagner son démarrage et sa montée en puissance durant ses trois premières années d’activité. Plus d’un an après sa création, l’organisme attend toujours que cet engagement se traduise concrètement.
Dans un courrier adressé au ministère de l’Agriculture il y a une dizaine de jours, la SAFER Guyane dénonce un manque de soutien financier en 2025 qui fragilise son fonctionnement. Selon sa présidente, Chantal Berthelot, un désaccord persisterait entre l’Élysée et les services du ministère.
La SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) a pour mission de réguler le marché du foncier agricole et rural en assurant sa transparence, de faciliter l’installation et la transmission des exploitations agricoles, de lutter contre la spéculation foncière et de contribuer à l’aménagement équilibré du territoire.
« Une mission de service public qui doit être financée »
La présidente de la SAFER Guyane rappelle que l’organisme agit dans le cadre d’un agrément délivré par l’État. « L’État confère aux SAFER, par un agrément, une mission de service public et c’est à ce titre que le ministère doit accompagner la SAFER dans sa mise en place par un financement », affirme Chantal Berthelot.
Elle juge « inadmissible » le refus de soutien financier, qu’elle attribue à la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE). « La SAFER a un travail de régulation du marché foncier et de transparence du marché foncier. Aujourd’hui, c’est le seul accès au foncier pour les agriculteurs de Guyane », insiste-t-elle.
« Sans ce financement, ça met en péril la bonne mise en place de cet outil désiré par la profession, mais aussi par la Collectivité Territoriale de Guyane et par l’État lui-même », alerte la présidente, évoquant une situation d’« instabilité » pour l’organisme et les services rendus aux agriculteurs.
Une incohérence dénoncée au sein de l’État
Pour Chantal Berthelot, l’enjeu dépasse la seule question budgétaire. « Si la parole politique du Président de la République n’est pas appliquée par les ministères, ça veut dire qu’on n’a pas de pilote à bord de l’État français », déplore-t-elle. Elle attend désormais une intervention claire de l’Élysée :
« J’attends que la parole du président de la République soit appliquée, fermement et publiquement, vis-à-vis de la SAFER Guyane. Lorsque les SAFER ont été créées dans les années 1960, il y a eu un accompagnement très clair de la part de l’État. On ne peut pas mettre en place une structure de ce type sans soutien financier ».
Elle estime « incohérent et inadmissible » que le ministère de l’Agriculture n’adopte pas aujourd’hui la même approche, alors que « le foncier reste une problématique majeure en Guyane » et que la profession agricole souhaite « aller vers l’autonomie alimentaire du territoire ».
Une montée en puissance déjà engagée
Malgré ces difficultés, la SAFER Guyane poursuit ses missions. « Depuis 2023-2024, l’État et la CTG ont assuré leur part, ce qui nous a permis de fonctionner », explique Chantal Berthelot. L’organisme bénéficie également de la confiance des acteurs privés et réalise déjà des cessions foncières au profit des agriculteurs. Mais cette dynamique reste fragile.