Coupures d’eau : le CHU de Cayenne en plan blanc, la SGDE et l’UTG se renvoient la responsabilité
Opérations non urgentes déprogrammées, sanitaires condamnés, patients invités à rentrer chez eux si leur état le permet : le centre hospitalier de Cayenne a déclenché lundi un plan blanc pour faire face aux coupures d'eau, nombreuses et aléatoires, qui touchent le territoire de la CACL depuis plusieurs jours. Des perturbations sur fond de grève à la Société guyanaise des eaux (SGDE), où l'UTG accuse la direction de laisser pourrir la situation. Mardi midi, la SGDE annonçait un retour progressif de l'eau dans de nombreux secteurs, dont l'hôpital.
Par La rédaction PÉYI · 27/10/2026

L'hôpital de Cayenne en plan blanc
C'est une première depuis trois ans et demi. « Ce n'est pas la première fois qu'un plan blanc est déclenché. Par contre, c'est la première fois qu'il l'est pour des questions de coupure d'eau », souligne Christophe Bouriat, directeur du centre hospitalier de Cayenne.
« On en est à notre troisième coupure d'eau intempestive depuis le début de l'année 2026. Jusqu'à présent, c'étaient des coupures relativement brèves, qui ne nécessitaient pas de plan blanc. Mais là, on est sur une période qui dépasse la semaine. »
Le directeur général a donc choisi de déclencher le dispositif, « une excellente décision » selon lui, « de façon à se mettre tous en ordre de bataille pour résister au mieux et surtout maintenir la qualité des soins des patients qu'on ne peut pas faire sortir ». Concrètement, le plan blanc réorganise tout l'établissement :
« L'objectif, c 'est de commencer à vider l'établissement : puisqu'on n'a plus d'eau, ça fonctionne comme on peut. On fait sortir un maximum de patients dont l'état le permet, je le redis, et on maintient une activité raisonnée et validée par le corps médical sur un certain nombre de services », explique le directeur.
Au bloc opératoire, « on a annulé les programmations non urgentes. Évidemment, tout ce qui est urgent, on le garde, bien entendu ». Même logique pour les consultations : « Les consultations externes sont réduites au maximum. Celles qui sont jugées urgentes par les médecins sont maintenues, les autres seront reportées. »
Les autres sites du CHU, eux, sont épargnés, ce qui laisse une solution de repli. « Les autres sites ne sont pas impactés au niveau de l'approvisionnement en eau. C'est la possibilité qu'on se garde de faire des transferts de patients vers ces sites, si véritablement la situation venait à se compliquer encore davantage sur Cayenne », précise Christophe Bouriat.
Des points sont faits chaque jour avec la préfecture et la SGDE. Ce mardi, le directeur reste prudent sur la durée de la crise :
« Ce serait pour la fin de la semaine, vendredi, peut-être samedi. Pour l'instant, on sait qu'il faut qu'on tienne dans ce dispositif d'urgence, et donc dans ce plan blanc, au moins jusqu'à la fin de la semaine. »
L'eau revient progressivement sur l'agglomération cayennaise
Mardi à 12 h 30, la SGDE a annoncé un retour à une alimentation normale dans de nombreux secteurs, dont le CHU. À Cayenne, sont notamment concernés Montabo, Baduel, Suzini, Troubiran, Thémire, Eau-Lisette, Mirza, Cabassou, Mont-Lucas, Zénith, Madeleine ou Mortin. À Matoury, le bourg, Cabalé, Rochambeau, La Levée, Cogneau-Lamirande, Maya, Cotonière et Paramana retrouvent l'eau, tout comme la RD5 et Tonnegrande à Montsinéry-Tonnegrande.
La pression reste toutefois anormale sur certains secteurs, prévient la société, dont les équipes restent mobilisées pour rétablir la distribution là où elle est encore perturbée.
L'UTG accuse la direction de « laisser pourrir la situation »
En grève depuis le 19 octobre, l'UTG-SGDE a tenu une conférence de presse ce mardi matin. Le syndicat dénonce des négociations au point mort. Ses principales revendications portent sur le manque de personnel, avec 29 postes vacants, et sur des moyens matériels dégradés :
« Nous ne sommes pas d'accord qu'il y ait 29 postes vacants chez nous et que la direction ne veuille pas recruter. On va continuer à bloquer la société et on restera mobilisés sur les piquets de grève jusqu'à ce qu'ils entendent nos revendications et les acceptent. », explique Alain Balum, délégué syndical UTG à la SGDE
Les grévistes contestent aussi l'origine des coupures à l'hôpital. Yannick Benth, secrétaire général UTG à la SGDE, y voit « une manigance » de la direction, sans en apporter la preuve précise :
« On ne comprend pas pourquoi l'hôpital n'a pas d'eau, alors que les réservoirs sont alimentés. Il y a de l'eau en amont, en aval, mais l'hôpital n'arrive pas à en avoir ».

Le syndicat assure avoir proposé dimanche, lors d'une médiation avec les maires, de suspendre la grève pour aller rétablir l'eau à l'hôpital, sans obtenir de réponse.
« C'est une volonté de leur part de laisser traîner, de pourrir la situation et d'essayer de nous discréditer sur un combat qui est légitime », estime Yannick Benth. L'UTG dénonce également la nomination de cadres qu'elle juge pas au fait des réalités du territoire.
Le bras de fer a commencé mi-octobre, avec le dépôt par l'UTG d'un préavis de grève générale et illimitée. Le cahier de revendications compte onze points : conditions de travail, sous-effectifs, astreintes et temps de repos, ouverture des bureaux de proximité de Macouria et Matoury, et opposition à ce que le syndicat qualifie d'« ingérence » du groupe Suez, maison mère de la SGDE, dans les décisions de l'entreprise. Les premières négociations n'ont pas abouti, et les grévistes ont bloqué les accès aux sites de Montabo et de Baduel.
La direction de la SGDE évoque pour sa part des « coupures malveillantes », liées selon elle à des fermetures volontaires de vannes. Une plainte contre X a été déposée. Le préfet Antoine Poussier, a dénoncé « un acte de sabotage grave ». Dans un communiqué du 24 octobre, l'UTG-SGDE « dément formellement toute implication dans les coupures d'eau ».





