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Fleuves à sec : un pont aérien pour ravitailler l’intérieur

Un premier avion Casa chargé de denrées alimentaires a décollé ce jeudi 29 octobre de la base aérienne militaire de Félix-Éboué en direction de Maripasoula. Dans le cadre du plan Orsec sécheresse, déclenché la semaine dernière face à la baisse du niveau des fleuves, la CTG, l'État et les forces armées organisent un véritable pont aérien vers les communes de l'intérieur. Avec, en ligne de mire, le contrôle des prix et la rentrée scolaire de la semaine prochaine.

Par Arnaud Behary-Laul-Sirder · 29/10/2026

© Radio Télé Péyi
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Quatre tonnes par rotation

Sur le tarmac, le commandant Pedro, de l'escadron de transport aérien Antilles-Guyane, supervise le chargement. « C'est jusqu'à 4 tonnes par rotation, en fonction aussi du volume de la soute, qui peuvent être chargées dans l'avion militaire », explique-t-il. Deux rotations sont organisées ce jeudi, une autre vendredi, et cinq sont prévues cette semaine.

À bord, des denrées de première nécessité et du matériel essentiel, d'abord pour les communes de l'Ouest guyanais. Mais toutes les communes isolées sont concernées :

 « L'avion de transport Casa peut toucher toutes les pistes de Guyane, que ce soit Camopi, Saül, Maripasoula, Grand-Santi ou Saint-Laurent-du-Maroni », précise le commandant. 

Les vols sont programmés chaque semaine avec la préfecture et l'état-major interarmées des forces armées en Guyane, en fonction des besoins exprimés et de la disponibilité des appareils.


Carburant et vivres frais en priorité

À la préfecture, le centre opérationnel zonal (COZ) se réunit chaque jour à midi. Les besoins de la population sont identifiés avec la Collectivité territoriale de Guyane, à partir des commandes des commerçants, des professionnels et des particuliers. Le COZ arbitre ensuite la répartition,  explique Jean-Luc Tarrega, directeur de cabinet du préfet : 

 « Il s'agit à la fois de vérifier que les opérations de transport se déroulent bien, mais aussi de projeter les opérations à venir pour le lendemain, les jours et les semaines à venir. Priorité est donnée aux carburants, par exemple pour faire fonctionner les installations, et aux vivres frais, qui ont une durée de conservation moindre »

Le carburant des centrales EDF est acheminé quasi quotidiennement, avec six rotations d'hélicoptère sur sept jours. Pour les vivres et le matériel, les volumes atteignent entre 4 et 8 tonnes par jour, selon la disponibilité des appareils. Lors de la crise de 2024, les besoins avaient atteint jusqu'à 40 tonnes.


Des compagnies civiles participent aussi à l'effort, notamment des sociétés d'hélicoptères, déjà mobilisées pour EDF.

Les enseignements des sècheresses de 2023 et 2024...

La situation est plus sévère qu'il y a deux ans. « La sécheresse est plus prononcée. Les cours d'eau sont bien plus bas, bien plus tôt dans l'année », constate le commandant Pedro. En 2024, les avions Casa avaient acheminé jusqu'à 340 tonnes en deux mois vers Maripasoula, Grand-Santi, Camopi et Saül.

Mais l'expérience a permis d'anticiper. Côté militaire, des maintenances lourdes ont été avancées ou repoussées pour disposer d'un maximum d'appareils. Un Casa de renfort est arrivé de l'Hexagone avec un équipage et des techniciens, ce qui permettra de garder trois appareils sur place pendant toute la crise. Les forces armées disposent aussi depuis 2025 de quatre hélicoptères Caracal plus récents.

Les météorologues annoncent un épisode El Niño plus long et plus sévère qu'en 2024, avec un retour des pluies attendu en février. « Tout le monde est préparé à ce que la crise soit plus longue et plus sévère », assure Jean-Luc Tarrega. Le plan Orsec pourrait ainsi rester en vigueur de nombreuses semaines.

Des prix sous surveillance et la rentrée se prépare 

L'acheminement des denrées est facturé 50 centimes le kilo aux particuliers et aux professionnels destinataires, un tarif subventionné par la Collectivité territoriale de Guyane. Reste à garantir des prix accessibles une fois les produits en rayon, dans les supérettes de Maripasoula ou d'ailleurs. Certains produits, comme le gaz, font l'objet d'arrêtés réglementant leurs prix, avec des contrôles et des sanctions possibles : 

« Nous effectuons des relevés de prix pour vérifier qu'il n'y ait pas de flambée et que personne ne fasse de bénéfices sur la crise. C'est la responsabilité de chacun de rester raisonnable, dans une période où la solidarité doit être de mise. »

Le pont aérien concerne aussi les personnes. « C'est un véritable pont aérien, de fret comme de personnel, qui peut être effectué entre l'aéroport civil de Cayenne et tous les aérodromes de l'intérieur », souligne le commandant Pedro. Élèves et enseignants pourront ainsi embarquer à bord des Casa.

Avec la rentrée scolaire de la semaine prochaine, une opération est prévue ce dimanche à Trois-Sauts, sur le haut Oyapock. Les 49 élèves identifiés seront acheminés par trois hélicoptères civils, un quatrième étant dédié aux bagages. « En une demi-journée, le transport de ces élèves va être réalisé », indique Jean-Luc Tarrega. La préfecture coordonne l'opération avec l'Éducation nationale et la Collectivité territoriale. Les enseignants sont également concernés.

En 2024 déjà, la rentrée de la Toussaint des élèves de Trois-Sauts avait été assurée en hélicoptère militaire Puma.


VIDEO : interview du commandant Pedro de la Base aérienne

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