Kréyòl : la Guyane fête l’une de ses langues et de ses cultures
28 oktòb, a lajounen internasyonal lang ké kiltir kréyòl… Ce mercredi 28 octobre, les communautés créolophones du monde entier célèbrent la 44e Journée internationale des langues et des cultures créoles. En Guyane, où le créole reste une langue du quotidien, contes, bals, dictées et concerts rythment ce temps fort, point d'orgue d'un mois consacré à la culture créole. L'occasion de faire le point sur une langue vivante, mais dont la transmission reste un enjeu.
Par La rédaction PÉYI · 28/10/2026

Près de 25 millions de créolophones dans le monde
La Journée internationale du créole est née en 1983, dans le sillage du mouvement Bannzil Kréyol, constitué après les rencontres internationales d'études créoles de Sainte-Lucie en 1981. Plus de quarante ans plus tard, elle est fêtée par près de 25 millions de personnes.
Il n'existe pas un créole, mais une soixantaine, présents sur presque tous les continents. Les créoles à base française se parlent en Haïti, en Martinique, en Guadeloupe, à la Dominique, à Sainte-Lucie, en Guyane, en Louisiane, mais aussi dans l'océan Indien, à La Réunion, à Maurice, à Rodrigues ou aux Seychelles. Sur l’ensemble du territoire national français, le créole est la langue régionale qui compte le plus de locuteurs, environ un million selon la Bibliothèque nationale de France.
Son influence ne cesse de s'étendre, portée par la musique, la littérature et les réseaux sociaux, et par une diaspora qui cherche à se réapproprier sa langue. Dans plusieurs territoires, la journée du 28 octobre s'inscrit désormais dans une semaine, voire un mois entier de manifestations. Le festival Mois Kréyol, porté par la compagnie Difé Kako, fête cette année ses dix ans, de l'Hexagone aux Antilles et à la Guyane, et met d’ailleurs cette année la Guyane à l'honneur.

Confection de la lachàt, coiffe traditionnelle créole, à l'Anse Chaton ce mercredi 28 octobre
En Guyane, une langue vivante dans un territoire plurilingue
Né de l'esclavage et de la colonisation, le créole guyanais est donc une langue avec des influences de langues européennes, africaines et autochtones. Il se rapproche de celui des Antilles, tout en ayant ses propres spécificités. Longtemps, le créole a joué un rôle de langue d'intégration : apprendre le créole était un passage obligé pour s'insérer dans la société guyanaise.
Mais la Guyane est un territoire profondément plurilingue. Le créole guyanais y côtoie le français, les langues bushinengue, le portugais brésilien, l’espagnol, l’anglais, les langues amérindiennes ou encore le hmong. Aujourd'hui, environ un Guyanais sur cinq parle le créole, selon l’association AKAP.
Le contraste avec les Antilles est saisissant. Selon l'enquête Pratiques culturelles menée en 2019-2020 par l'Insee et le ministère de la Culture, un Guyanais sur cinq parle le créole guyanais dans sa vie quotidienne, et un sur dix le créole haïtien. En Guadeloupe, 73 % des habitants parlent créole au quotidien, et 71 % en Martinique. L'écart se retrouve dans la maîtrise de la langue : 90 % des Martiniquais et 88 % des Guadeloupéens déclarent maîtriser le créole, contre un peu moins de la moitié des Guyanais, tous créoles confondus.
Un écart qui s'explique largement par la diversité linguistique de la Guyane, où le créole guyanais n'est qu'une langue parmi une quarantaine. Dans l’ouest, par exemple, il est plus courant d'entendre le sranan tongo que le créole.
Le créole reste pourtant bien présent au quotidien, notamment chez les jeunes, qui le mêlent volontiers à d'autres langues. Les frontières entre les parlers s'estompent, signe d'une langue qui évolue plutôt qu'elle ne recule.

De l'interdit à l'école à l'enseignement bilingue
Le chemin a été long. Pendant des décennies, le créole a été interdit à l'école, au profit du seul français. Il a fallu une longue lutte de militants et de linguistes pour qu'il y fasse son entrée. Aujourd'hui, il est enseigné comme langue régionale, de l'école au lycée et jusqu'à l'université.
En Guyane, certaines écoles proposent même un cursus bilingue. C'est le cas de l'école Jean-Macé, à Cayenne, de la maternelle au CM2. L'Université de Guyane forme aussi des enseignants et des étudiants en langue créole.
La transmission familiale reste toutefois fragile. Chez de nombreux jeunes, elle ne s'est faite que partiellement. Les nouvelles générations ont tendance a mélanger le créole à d'autres langues issues de l'immigration. D'où l'importance des associations, des conteurs et des événements comme ce mois créole, qui cherchent à transmettre la langue aux nouvelles générations.

Où fêter le créole en Guyane ce 28 octobre ?
En Guyane, octobre est aussi placé sous le signe du mois de la culture créole. Sous le nom de Mésyékrik, la Collectivité territoriale a confié aux associations Les Pas Mêlés et Magnifique Guyane l'organisation de plusieurs rendez-vous : contes, musique, danse, proverbes, veillées et rencontres intergénérationnelles. Objectif : transmettre la langue aux jeunes et valoriser les savoir-faire locaux.
Pour la journée du 28 octobre, plusieurs rendez-vous sont programmés :
Cayenne, Anse Chaton : la Ville organise la 2e édition de sa Journée internationale de la langue et de la culture créoles, sur le thème « L'évolution de la tradition », de 9 heures à 22 heures, en entrée libre. Au programme : ateliers adultes sur inscription (réalisation de coiffe et de chacha), ateliers tout public en accès libre (fresque murale, fabrication artisanale de cacao, slam et écriture, peinture sur calebasse, fabrication de toupies), village artisanal avec vente de robes traditionnelles et douceurs créoles. À partir de 16 heures, plateau artistique avec la restitution des ateliers scolaires, la remise des prix du concours de poésie en créole guyanais et un concert de Chris Combette et Joan Yamb.
Cayenne, L'Abattis : un Bal Konwè avec les Frères Cippe. Dès 16 heures, initiations à la danse, au chant et au tambour, suivies d'un gragé et d'un bal traditionnel en soirée.
Saint-Georges : une dictée créole est organisée à la médiathèque.
Rémire-Montjoly : un rendez-vous Jazz en créole fait dialoguer traditions et création musicale contemporaine.
Oiapoque, au Brésil : l'association Konvwè Alfred Parépou (AKAP) organise la 2e édition du Fondòk Lanng Kréyòl-a. Mercredi, conférences et ateliers à l'Université fédérale de l'Amapá (UNIFAP) et au musée Kuahi sur les fondements de la langue créole, avec des défis de lecture en créole guyanais ancien et actuel, en karipuna et en galibi-marworno, au son du groupe Katrépis de Saint-Georges. Jeudi, visite des villages Manga et Kuripi, à la rencontre des peuples autochtones Karipuna et Galibi-Marworno, locuteurs d'un créole à base française. Pour la première fois, ces communautés célèbrent la journée internationale du créole.





