Justice

Féminicide à Macouria : cinq ans de moins pour Jodney Céide en appel

Condamné à 25 ans de réclusion criminelle en première instance, Jodney Céide a finalement été condamné à 20 ans par la cour d’assises d’appel. En décembre 2022, à Soula, à Macouria, il avait tué sa compagne Laurane Auguste de 17 coups de couteau. Au cœur de ce second procès : l’état psychiatrique de l’accusé au moment des faits.

Par Florian Royer · 23/09/2026

© Radio Télé Péyi
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Le 30 décembre 2022, Jodney Céide, alors âgé de 26 ans, a tué sa compagne Laurane Auguste à leur domicile de Soula. Il avait reconnu les faits et avait été condamné une première fois à 25 ans de réclusion criminelle.

Pour ce procès en appel, la question n'était donc pas celle de sa culpabilité, mais celle de son état mental au moment du passage à l'acte. Au cours de l'audience, plusieurs éléments de son comportement avaient été examinés, notamment des propos faisant état de délires mystiques, d'un sentiment de persécution et de voix qu'il disait entendre.

Un parcours marqué par des troubles avant le drame

Lors de la première journée d'audience, lundi 21 septembre, l'accusé s'est montré particulièrement silencieux. Interrogé par la procureure, il n'a pratiquement pas répondu. Par moments, ses lèvres bougeaient sans qu'aucun son ne sorte.

Son parcours personnel, présenté à travers l'enquête de personnalité, apparaissait pourtant jusque-là relativement ordinaire. Né en Haïti, Jodney Céide était arrivé en Guyane à l'âge de 20 ans. Il avait obtenu des titres de séjour lui permettant de travailler légalement dans le secteur du BTP.

Il avait ensuite rencontré Laurane Auguste. Le couple s'était installé ensemble et avait eu un enfant. Mais, au fil du temps, son entourage avait constaté des changements dans son comportement. Jodney Céide aurait notamment développé des idées de persécution, se disant victime d'un envoûtement de la part de son beau-père. Ces éléments avaient également été évoqués par Laurane Auguste dans des échanges avec la famille de son compagnon.

L'état psychiatrique au cœur des débats

Plusieurs experts psychiatres ont été entendus durant le procès. Leurs conclusions divergeaient sur l'existence et l'importance d'un éventuel trouble psychique au moment des faits. Pour Me Emmanuelle Paire, avocate de la défense, c'était précisément l'enjeu de ce nouveau procès.

« Tout l'enjeu de ce procès, c'était de savoir si monsieur Céide était pénalement irresponsable ou pas, s'il y avait une abolition qui pouvait être retenue. »

L'avocate rappelle que les conclusions des experts n'étaient pas unanimes : 

« Plusieurs psychiatres avaient relevé une abolition, tandis que d'autres n'avaient relevé ni altération ni abolition. Tout l'enjeu, c'était de savoir si, oui ou non, au moment des faits, monsieur Céide était atteint d'un trouble psychique ou neuropsychique. »

Le discernement jugé altéré

Après deux jours de débats, les jurés ont écarté l'hypothèse d'une abolition du discernement. Celle-ci aurait entraîné l'irresponsabilité pénale de l'accusé.

En revanche, ils ont retenu une altération du discernement, qui n'avait pas été retenue lors du premier procès. Cette décision a eu une conséquence directe sur la peine : Jodney Céide est finalement condamné à 20 ans de réclusion criminelle, contre 25 ans en première instance. Me Emmanuelle Paire souligne cette différence entre les deux décisions :

« Lors du premier procès, il avait été condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle et la cour n'avait retenu ni abolition ni altération. À ce second procès, la cour a considéré qu'il n'avait pas de discernement aboli, mais qu'il avait un discernement qui était altéré. »

« Ils sont plutôt rassurés » selon l'avocate de la famille

Du côté de la famille de Laurane Auguste, la réduction de la peine n'efface pas la condamnation. Me Sylvie Commper-Gaudy, qui représentait les parties civiles, estime que l'essentiel pour les proches était de voir Jodney Céide rester condamné et incarcéré.

« L'essentiel pour mes clients parties civiles, c'était d'entendre qu'il est à nouveau condamné, qu'il est à nouveau sous le joug d'une réclusion criminelle, même si la durée a été réduite. »

L'avocate ajoute que les proches de la victime souhaitaient avant tout obtenir des réponses sur les circonstances du drame.

« Ils ne sont pas déçus et ils sont plutôt rassurés sur le fait que monsieur Céide va rester en prison et va purger sa peine. Ils venaient surtout avec des questions, des questions dont ils ont tout fait pour avoir des réponses. »

Jodney Céide perd également l'autorité parentale sur l'enfant qu'il avait eu avec Laurane Auguste. Cette mesure avait déjà été prononcée lors du premier procès.


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