Environnement

Pollution au cyanure au Suriname : faut-il s’inquiéter pour le Maroni ?

Au Suriname, du cyanure a été déversé il y a quelques jours dans la rivière Tapanahony, qui rejoint le Maroni à hauteur de Grand-Santi, provoquant une mortalité de poissons. Si l'affaire est remontée jusqu'à la présidence surinamaise, elle est passée quasiment inaperçue en Guyane. Originaire d'Apatou, l'élu territorial d'opposition Denis Galimot a écrit une lettre ouverte au préfet pour connaître les risques pour les habitants du fleuve.

Par La rédaction PÉYI · 04/11/2026

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Des poissons morts dans le Tapanahony

L'incident s'est produit à Godo Olo, dans le district surinamais du Tapanahony. Selon le média surinamais ABC Suriname, une mortalité de poisson a été constatée dans la rivière. Le produit en cause serait le Jin Chan, un agent d'extraction de l'or présenté par son fabricant comme une alternative au cyanure de sodium, mais qui contient en réalité des composants cyanurés, selon un expert cité par le quotidien Dagblad Suriname.

D'après les premiers résultats d'analyse rapportés par le média Suriname Herald, la quantité de cyanure arrivée dans l'eau serait relativement faible, et l'eau de la rivière serait jugée propre à la consommation. Le Tapanahony rejoint le Maroni, vers Grand-Santi et d'Apatou.

« Je ne peux pas expliquer ce silence »

En Guyane, l'affaire n'a pas fait de bruit. C'est ce qui a poussé Denis Galimot, élu d'opposition à la Collectivité territoriale de Guyane, à réagir :

« Après onze jours, je pensais qu'on en avait parlé. Je ne comprends pas pourquoi ça se passe sous silence. Lorsque j'ai constaté que personne n'en parlait, j'ai décidé de saisir les autorités pour qu'elles nous disent vraiment ce qui s'est passé, et surtout quelle est l'ampleur. »

L'élu a d'abord découvert l'information sur les réseaux sociaux, avant de contacter ses relations au Suriname pour obtenir plus de détails sur l'incident et les mesures prises. Il a ensuite adressé une lettre ouverte au préfet de la Guyane.

« La crainte, c'est la contamination »

Originaire d'Apatou, Denis Galimot se dit directement concerné. « La crainte, c'est la contamination et l'effet sur la santé des populations du fleuve », explique-t-il. Selon lui, du produit serait tombé dans une pirogue, et le piroguier l'aurait simplement nettoyé et rejeté dans l'eau :

« Ça me touche, parce que j'habite à Apatou et que j'ai de la famille à Apatou et plus en amont, dans d'autres villages. »

L'inquiétude est d'autant plus vive qu'avec la sécheresse, le fleuve est souvent la seule ressource en eau. « Il y a des gens qui consomment l'eau du Maroni. Il y a très peu de pluie : si ce ne sont pas les criques, c'est le Maroni », rappelle l'élu.

Il attend des autorités une réponse claire : savoir s'il faut s'inquiéter, et quelles mesures seront prises pour que les habitants puissent se baigner et utiliser l'eau en toute sécurité. Plus largement, il déplore le manque de données sur l'état du fleuve :

« C'est incroyable : nous sommes en 2026 et on n'a pas pour l'instant une situation claire sur la pollution de l'ensemble du Maroni. »

Au Suriname, l'affaire remonte jusqu'à la présidence

Chez notre voisin surinamais, l'incident a été pris très au sérieux. Selon ABC Suriname, une délégation présidentielle s'est rendue le dimanche 1er novembre à Dritabiki, sur instruction de la présidente Jennifer Simons, pour rencontrer la communauté locale. Conduite par le conseiller Edgar Dikan, elle comptait des représentants de l'Autorité nationale de l'environnement et le commissaire de district du Tapanahony.

D'après le media Suriname Herald, les autorités ont demandé aux orpailleurs chinois de quitter la zone. La communauté aukan, elle, ne veut plus d'orpaillage au cyanure, et son capitaine en chef a demandé au gouvernement d'agir contre le transport de ce produit vers l'intérieur du pays.

Ce n'est pas un cas isolé. Il y a quelques mois déjà, l'Autorité nationale de l'environnement avait relevé des traces de cyanure et de métaux lourds dans la rivière Saramacca. Et fin août, plus de deux tonnes de cyanure avaient été saisies dans deux camions au poste de contrôle de Burnside, rapportait Dagblad Suriname. Côté guyanais, Denis Galimot attend désormais la réponse du préfet.


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