Toussaint : ces tombes que plus personne n’entretient
À la veille de la Toussaint, les familles se pressent dans les cimetières de Cayenne pour nettoyer et fleurir les tombes de leurs défunts. Mais certaines sépultures n'ont plus vu une éponge ni un coup de pinceau depuis des années. La Ville a engagé leur recensement : au cimetière de Cabassou, elle en dénombre déjà entre 240 et 250. Que deviennent ces tombes abandonnées ? Comment la mairie retrouve-t-elle les familles ? Et que se passe-t-il si personne ne se manifeste ? Un recensement est engagé dans celui du centre-ville. Une procédure de reprise, longue et encadrée par la loi, pourrait suivre. La mairie lance un appel aux familles.
Par Arnaud Behary-Laul-Sirder · 31/10/2026

Pinceaux, éponges et pots de fleurs : au cimetière du centre-ville, les familles s'activent ppur embellir les tombes. Raymond, 58 ans, vient ici depuis l'enfance. « Depuis la mort de mon frère décédé très jeune, je suis toujours ici. Aujourd'hui, c'est aussi la tombe de mes parents. C'est une tradition de venir à la Toussaint», confie-t-il. Face aux tombes délaissées, Raymond regrette mais relativise avec d'autres territoires :
« C'est dommage. Il faut que la famille continue, perpétue nos mémoires. Mais j’ai vu pire, au Suriname et au Brésil, j’ai pu constater bien plus de tombes à l’abandon. C’est peut-être lié à notre tradition. On fait plus attention à nos morts »

Anne-Aymone, elle, entretient plusieurs sépultures et comprend les difficultés de certaines familles. « Beaucoup de personnes ne sont même pas sur le territoire. Moi-même, j'ai des tombes à visiter en commune comme à Mana, et ce n'est pas évident d'aller jusque là-bas », explique-t-elle. Mais elle le reconnaît : « Pour une petite ville comme nous, on manque de place. Il faudrait peut-être travailler dessus. »
Un recensement en cours
La Ville de Cayenne a engagé le recensement des sépultures qui paraissent abandonnées. Les agents repèrent sur le terrain les tombes délaissées, puis consultent les registres et les actes de concession pour retrouver les familles. « Sur le cimetière de Cabassou, on évalue à date entre 240 et 250 sépultures abandonnées », indique Samantha Mounsamy, directrice des services de proximité à la mairie. Le même travail est en cours au cimetière du centre-ville. Une fois le recensement terminé, la Ville engagera la procédure légale de reprise. Car ce cimetière est particulièrement saturé.
Une concession ne peut toutefois être reprise que si trois conditions sont réunies : elle doit avoir plus de 30 ans, aucune inhumation ne doit y avoir eu lieu depuis au moins 10 ans, et la tombe doit être visiblement à l'abandon, avec un monument dégradé, une végétation envahissante ou une absence d'entretien. Certaines sépultures ne peuvent pas être reprises, comme celles que la commune s'est engagée à entretenir à la suite d'un don ou d'un legs.
Au moins deux ans de procédure
Fixée par le Code général des collectivités territoriales, la procédure est longue et publique, et laisse plusieurs occasions aux familles de se manifester. Elle débute par un premier constat : le maire ou son représentant, accompagné de la police municipale, constate sur place l'état d'abandon et rédige un procès-verbal explique la directrice des services de proximité :
« La sépulture semble abandonnée, il y a de la végétation, les monuments sont dégradés : les familles connues sont prévenues par courrier recommandé, les autres par affichage en mairie et à l'entrée des cimetières »

S'ouvre alors un délai d'un an, contre trois auparavant, depuis 2022. Pendant ce temps, toute famille peut se faire connaître. « Si la famille se manifeste, la procédure s'arrête », rassure la responsable. Il lui suffit de remettre la tombe en état et de renouveler la concession. « Il n'y a pas de pénalité », précise-t-elle, et le renouvellement n'est pas rétroactif.
Si la tombe est toujours à l'abandon au bout d'un an, un second procès-verbal est dressé. Le maire prend un arrêté de reprise. Au total, la procédure peut durer au moins deux ans.
Des restes traités avec respect
En cas de reprise, les restes des défunts sont exhumés par un opérateur funéraire, puis déposés dans l'ossuaire communal, un emplacement réservé à perpétuité au cimetière de Cabassou. Les noms des défunts sont inscrits dans un registre consultable par le public : un descendant qui se manifeste plus tard peut ainsi toujours savoir où reposent les siens. L'emplacement libéré peut ensuite être attribué à un autre défunt.
Un travail délicat pour les agents des cimetières, qui doivent concilier besoin de place, cadre légal et respect des traditions. « Il faut avoir le cœur accroché », reconnaît Samantha Mounsamy.

« Se manifester avant qu'il ne soit trop tard »
La procédure n'a pas encore été lancée, et la mairie veut laisser une chance aux familles. « Il n’est jamais trop tard. J'invite donc tous les Cayennais et Cayennaises qui savent qu'ils n'ont pas entretenu leur concession pendant un moment à se manifester, pour éviter qu'elle fasse l'objet d'une reprise par la mairie », lance la directrice.
CONTACT : Toute personne ayant un proche inhumé dans un cimetière de Cayenne, en particulier si la tombe n'est plus entretenue, peut contacter le service des cimetières au 0594 27 45 98 ou par courriel à cimetiere@ville-cayenne.fr.





